samedi 8 avril 2017

Misère et Philosophie / Ensemble d'entretiens

Discussion d'ouverture.

La question de la propriété.



La graduation révolutionnaire. Que faire ? Comment agir ?


Le Front national....

Le fascisme....


ET d'autres à venir...

dimanche 27 novembre 2016

Fidel est mort. Un monde se finit. Un autre, commence.




 Fidel est mort. Un monde se finit. Un autre, commence.


Cuba et l’anti-imperialisme.

  Le 25 Novembre 2015, Líder Máximo  est mort. A en croire Michel Onfray, il aurait peut-être dû choisir une autre[1], même si le dit intellectuel rappelle ensuite que la mort n’est que l’aboutissement de la vie, fait naturel. Difficile d’ores et déjà de s’y retrouver.
  Fidel Castro, l’ennemi public n°1 réel est mort. Dans son lit, à quatre-vingt dix ans. Ce n’est pourtant pas faute pour le camp impérialiste d’avoir chercher à l’assassiner à maint reprise : 638 fois même, d’après le très officiel journal Le Monde[2]. D’ailleurs, ce même journal faisait signer hier une nécrologie de Castro rédigé par un journaliste mort il y a quinze ans déjà. A croire qu’ils n’attendaient tous que cela.
  Ils ont essayé de le tuer. Qui, « ils » ? Les « yankee », la C.I.A, l’élite impérialiste, le grand Capital. Bref, ceux que Castro et ses alliés, Chavez, Sankara, Allende et les autres non-alignés, n’ont eu de cesse de malmener, en résistant ensembles ou successivement. La C.IA est même allée jusqu’à piéger, empoisonner, ses stylos, ses cigares ou ses produits pour la barbe. Fidel était de ce, assez rare sans doutes, qui eurent au moins 638 raisons officielles, et plus encore, de se méfier du « monde libre » et de ses sbires qui sévissent armés partout où les Hommes se lèvent. D’autres leaders, nombreux, n’ont pu résister à toutes ces attaques, comme l’a montré John Perkins, ancien « assassin économique » au service de la C.I.A[3].

  Castro et les cubains ont du faire face les premiers à de fausses révolutions, qu’on dit « colorées », à de nombreuses tentatives de coup d’Etat et d’assassinat. Les Etats-Unis n’ont eu de cesse d’imaginer un moyen pour détruire le régime cubain et sa population.
  L’arme principale des Etats-Unis n’était pourtant pas celle que l’on pense. En effet, ce fut avant tout celle de la séduction, dont Michel Clouscard disait qu’elle est « le pouvoir du langage indépendamment du Concept (…) un discours qui peut apparaître en ayant le pouvoir d’anéantir l’être ». C’est ainsi que qu’au détour d’une discussion avec un militant de « la gauche de la gauche », plus révolutionnaire en apparence que quiconque, j’ai le souvenir que celui-ci s’alarmait du fait qu’à Cuba, tous les emballages pour un même type de produit (un dentifrice, par exemple) étaient identiques. Selon lui, et d’autres, cela était une preuve de « totalitarisme ordinaire et quotidien » car « nul choix possible ». A cela évidemment, le monde capitaliste préfère une société où « tout est permis… », Mais où malheureusement, là encore « … rien n’est possible ». Mais encore faut-il le déchiffrer.

  Alors, je ne vais pas ici faire un éloge grandiose, qui suivrait une chronologie de faits glorieux attribués à Castro. Cela a déjà été fait. Néanmoins, on entend dire encore que « Cuba n’est pas socialiste », comme se plait à le répéter le gauchisme[4].
  Si cela est vrai, alors, et quand bien même ? Ce que nous défendons au travers de Fidel et dans l’entretien de sa mémoire, ce n’est pas Cuba comme paradis socialiste, mais d’abord et avant tout l’anti-impérialisme puissant que Castro et ses alliés ont pu insuffler de par le monde. C’est un monde au choix multiple. Un monde où l’Un peut côtoyer le multiple. Un monde où les Etats-Unis seuls ne pouvaient pas totalement et au moins idéologiquement régner en maître.
Quant à la réalisation socialiste de Cuba, il y aurait beaucoup à dire. Déjà, il faudrait dire que le socialisme, s’inscrit dans un inter-national-isme bien compris. Cet internationalisme rendu quasi impossible par l’embargo américain – mis en place dès 1962 par les Américains dans le but de véritablement saigner Cuba. C’est une réalité fondamentale, essentielle et première bien que la presse et les pseudos-analystes de tous bords jugent ces données très relatives.
Malgré cela, et sans entrer dans les détails, trop longs pour ce genre d’article, quel bilan tirer de la révolution cubaine ?
  D’abord, une mortalité infantile quatre fois plus faible que celle des régions aux alentours (il suffit de penser à Haïti…).  Une espérance de vie qui avoisine les quatre-vingt ans, contre 58 avant la révolution. Cuba dispose de la plus grande culture extensive et biologique. L’UNESCO elle-même a reconnue le haut niveau d’éducation à Cuba. La médecine cubaine est extrêmement en avance et non-soumise aux laboratoires pharmaceutiques. Le niveau de vie moyen du travailleur cubain est nettement plus élevé que celui des travailleurs d’Amérique Latine. La mise à disposition de biens d’équipements pour tous.
Bref, autant de choses pour un si petit pays, parti de si loin, que bien d’autres peuvent lui envier, à commencer par les U.S.A.
  Quant aux accusations des adversaires du régime cubain, elles indiquent que la pauvreté du pays serait le fruit d’une politique socialiste absurde dans laquelle le régime aurait persévéré. Ah… Il aurait pourtant fallu que Fidel renoue avec le capitalisme, avec l’impérialisme, et tout aurait été plus simple… Fidel, c’est un peu pour eux la forte tête de la classe qui n’a juste pas voulu se plier aux consignes ignobles et pourtant « normales ».

  Des justes, et des autres....

  Balavoine disait : « (…) Il n’y a que deux races : ou les faux ou les vrais. » Quoiqu’un peu binaire, ce 25 Novembre a été l’occasion de jauger les soutiens réels dans le camp progressiste et ceux qui, l’Histoire trébuchant, continuent de jouer aux révolutionnaires de pacotille voulant toujours se faire « plus royalistes que le roi ». C’est ainsi qu’alors que bon nombre de ceux qui assument encore aujourd’hui les idées de progrès et d’humanisme n’ont pas hésité à rendre un vif hommage à Fidel Castro, d’autres comme Chassaigne ou Onfray n’ont eu aucun répits pour lui cracher au visage, sans honte aucune.
  Nous avons là les personnages conceptuels de la défaite progressiste. Ceux-là même qui en d’autres temps n’ont pas hésité à pousser Allende dans la gueule du loup américain. Sous prétexte finalement, qu’il n’était pas assez pur, qu’il n’en n’avait pas fait assez, pas suffisamment socialiste, pas suffisamment ceci ou cela. Ceux qui, se jettent dans l’Enfer, pavés de bonnes intentions. Les moralisateurs de tous bords qui n’ont de maîtrise que les micros que les médias mainstream leur tendent volontiers pour discréditer les causes qu’ils prétendent défendre. Ils sont de ceux qui, en dernier instance, choisirons toujours la prestance figurative d’un Obama, à Castro ou Chavez. Ils sont de ceux pour qui l’analyse concrète et la politique objective n’existe pas. Seuls règnent l’apparence et le jugement moral. Qu’importe les millions de morts causés par le premier des américains tant qu’il se dit démocrate et qu’il revêt une noirceur de peau qui légitimerait le progrès – il vaudra toujours mieux que le vieux cubain  dont on nous rebat les oreilles qu’il n’a été qu’un infâme dictateur. Tout aussi « infâme » que l’est par ailleurs la « dialectique »[5] - Jugements qui vont de paire malgré les apparences.

  C’est ainsi que Michel Onfray n’a pas hésité hier à prendre son courage à deux mains pour vilipender Melenchon et le « mythe de Castro »[6].


Rien qu’un fou…

Le philosophe incontesté, qui s’inscrit pourtant « par delà le bien et le mal », appuie son propos par un argument incisif : « Mélenchon a-t-il fumé la moquette ? ». Une « philosophie au marteau » qui ne fait là que briser davantage encore la crédibilité de l’ecolo-réactionnaire Onfray. J’invite d’ailleurs les lecteurs à lire l’analyse que j’avais pu produire à ce sujet, disponible dans Faucons rouges (2016 – Thebookedtion).
  Onfray s’inquiète, comment peut-on défendre Castro, sur des positions écologistes, comme l’a fait Mélenchon, alors que le vieux cubain ne « défendait pas la nature ». Cela pourrait n’être qu’un élément anodin du discours d’Onfray – or, c’est un point central qui montre l’incapacité du camp progressiste à resituer l’Homme dans une compréhension globale du monde, du fait de l’antihumanisme omniprésent. Castro défendait, comme tout écologiste raisonné, l’Homme dans son environnement et le régime cubain a très tôt mis en place une politique agricole biologique qui s’est fait un nom. La nature n’attend pas de nous que nous la défendions, elle a fait fi des espèces vivantes à bien des reprises. Mais Onfray et « sa gauche » eux, ne veulent pas sauver les hommes, ils préfèrent brandir les slogans de l’idéologie dominante pour n’être que les idiots utiles des modes de production et politique qu’ils prétendent combattre. Si Nietzsche avoua qu’il «  n’était rien qu’un fou, rien qu’un poète », on retiendra des nietzschéens qu’ils ne sont que des fous.

  Puis, Onfray n’hésite pas à formuler ses « théories du complot », puisqu’elles sont autorisées lorsqu’il s’agit de Castro, bien sûr. Ainsi, il signale que l’annonce de la mort de Fidel Castro le 25 novembre semble corréler avec le 25 Novembre 1956, début de la guérilla menée par Fidel et ses acolytes. Il y aurait donc orchestration.
  Si le leader cubain était mort le 9 Octobre, Michel Onfray aurait sûrement mis en garde contre une orchestration symbolique de la mort de Castro visant à définir une date de mort identique à celle d’Ernesto Guevara. Le 8 janvier aurait fait résonnance avec la prise de la Havane en 1959 etc. bref, autant de date qu’il est possible d’articuler de manière arbitraire pour essayer de faire dire tout et n’importe quoi lorsqu’on n’a tout simplement rien à dire comme le pseudo-philosophe mondain. Il y a pléthore de dates marquante dans la vie d’un tel homme, après quatre-vingt dix ans. Il n’est pas nouveau que le philosophe fétiche des médias dispose d’une capacité inouïe à produire du vide sur des milliers de pages et de bandes sonore sou vidéos. Voici une nouvelle preuve.


  Cet épisode en dit bien plus long que l’anecdote qui le recouvre. S’il faut retenir quelque chose, outre ces trahisons ordinaires, c’est qu’avec la mort de Fidel, une page de l’Histoire se tourne. Aussi, il nous faut écrire les pages de demain, dans un monde où les forces progressistes sont plus que jamais mises à mal et où l’OTAN règne en maître tant politiquement que culturellement.
  Mais, sous cette hégémonie, derrière cet arbre qui ne peut plus que tomber et qui résonne, la forêt pousse, l’élan révolutionnaire germe, en silence mais de manière intense, tel un brasier ardent qui ne peut qu’émerger dans une période où le réel cesse d’être rationnel et donc fonctionnel.



Aussi, continuons à avancer et ce malgré les leurres pseudos-progressistes, et si :
« Les impérialistes voient des extrémistes partout, ce n’est pas que nous soyons des extrémistes. C’est que le monde se réveille. Il se réveille partout. Et les gens se lèvent. »


Loïc Chaigneau, pour initiative-communiste / Etincelles.
© 2016 -  Tous droits réservés


Voir aussi : http://www.marx.be/fr/content/cuba%C2%A0-parti-%C3%A9tat-et-institutions-sociales - Sur la construction du socialisme à Cuba.



[1] http://www.lepoint.fr/monde/onfray-mort-de-fidel-castro-melenchon-a-t-il-fume-la-moquette-27-11-2016-2086030_24.php
[2] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26/ces-638-fois-ou-la-cia-a-voulu-se-debarrasser-fidel-castro_5038675_3222.html
[3] http://www.dailymotion.com/video/xdatl2_les-assassins-economiques_news
[4] Libertaires, trotskistes, maoïstes.
[5] « l’infâme dialectique » est une expression de Deleuze, l’un des maitres à penser de ces générations plus révoltée que révolutionnaire.
[6] http://www.lepoint.fr/monde/onfray-mort-de-fidel-castro-melenchon-a-t-il-fume-la-moquette-27-11-2016-2086030_24.php

vendredi 25 novembre 2016

Le FN n'est pas raciste ? (Pour I.C et Etincelles)


Le FN n’est pas raciste ? Ou l’argument du sympathisant noir.

http://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/fn-nest-raciste-largument-sympathisant-noir/?pk_campaign=feed&pk_kwd=fn-nest-raciste-largument-sympathisant-noir&utm_source=Sociallymap&utm_medium=Sociallymap&utm_campaign=Sociallymap

L’ami noir : argument fallacieux du raciste.

Depuis quelques temps, et à l’appui d’une vidéo[1], les sympathisants et adhérents du scandent à qui veut l’entendre que le parti qu’ils soutiennent n’a rien de fasciste ou de raciste : ils en veulent pour preuve « des noirs, des maghrébins, des asiatiques, qui appellent à voter pour Marine Le Pen » (sic). L’usage rhétorique qui est employé est identique à l’argument du raciste qui prétend ne pas l’être parce qu’il « a un ami noir » ou « qu’il y en a des bien… »

Or, quoi de plus raciste déjà que de définir par la race[2] celui que l’’on considère comme un ami ? Il ne viendrait à l’esprit de personne de dire « j’ai un ami aux yeux noisettes » ou « je n’ai rien contre les personnes de petite taille, d’ailleurs j’ai une amie assez petite », ou simplement de définir par une quelconque caractéristique physique empirique tel ami ou tel autre. Soit nous avons des amis, qui sont ce qu’ils sont et que nous considérons comme tels de par la relation que nous entretenons avec eux – et ce, quelles que soient leurs origines ou caractéristiques purement physiques, soit cela s’apparente à une étroite forme d’amitié. Cela semble être un truisme, une simple évidence, mais il semble pourtant nécessaire de le rappeler.

racismeCet argument par la race renvoie d’ailleurs dos à dos racistes et « antiracistes » patentés, les uns comme les autres se contentant de garder comme point d’ancrage de leur réflexions ou débat la race. Or, une réelle position antiraciste est celle qui ne cherche pas davantage à mettre en place des quotas dans la vie civile ou professionnelle de telle ou telle personne en fonction de ses caractéristiques physiques. La question de l’antiracisme ne se pose que par opposition, mais c’est la voie supérieure qu’il faut convoquer et adopter, celle qui vise à mettre de côté la pseudo-notion de « race » pour déterminer les enjeux réels, sociaux-économiques, sentimentaux, etc. mais certainement pas l’imposture biologisante qui trahit à la fois et la cause a priori défendue et la biologie.
Cela étant dit, qu’en est-il du fascisme du F.N, malgré ses « sympathisants noirs, arabes, asiatiques », voire extra-terrestres peut-être ?  Finalement au F.N qu’importe la couleur, tant qu’on est dans les clous. Le problème demeure l’étranger, l’étrangeté même – celui-là qui invite à la réflexion sur soi-même, à la remise en cause de codes prétendument immuables. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Platon fait intervenir à maintes reprises dans ses dialogues le personnage de l’Etranger pour mener les débats et démasquer les sophistes. Mais ce n’est pas le lieu pour le développement de cette problématique.

Le fascisme n’est pas qu’un . C’est aussi une roue de secours.

Nous sommes actuellement en présence de deux formes de fascismes. Deux formes dont j’ai d’ailleurs tentés d’esquisser les caractéristiques dans Le nouveau fascisme paru en 2013. Même si j’aurais quelques critiques personnelles de fond à formuler a posteriori au sujet de ce premier livre, il n’en demeure pas moins que les caractéristiques de ces deux fascismes, qui n’en forment à vrai dire qu’un,  y sont pleinement déployées.
En effet, le ou les fascismes sont et ont toujours été les roues de secours du Capital. Il n’est pas étonnant alors de voir se mettre en œuvre un fascisme qui prend la forme de l’impérialisme. Celui-ci s’étend à la sphère géopolitique et planétaire comme dans l’adhésion au discours de l’idéologie dominante qu’il répand dans sa forme hégémonique et qui s’apparente davantage à un fascisme des esprits qu’un à fascisme de la matraque. Fascisme de l’impérialisme, « stade suprême du capitalisme » comme l’a longuement expliqué Lénine.
Puis, dans le même temps, le fascisme archaïque, celui de la matraque refait surface, car il ne peut en être autrement en période de crise du capitalisme. Ce dernier, bien qu’ayant fait siens les codes du fascisme de l’esprit – qui se répand par l’inculture plutôt que par le retrait de la culture[3] – surgit avec férocité dans ses actes et ses mots car à terme, il sait qu’il doit l’emporter à l’issue de la crise – car il est le rouage essentiel qui permet au Capital de perdurer. C’est dans cette lignée-là que les mouvements et partis d’extrême-droite d’Europe s’inscrivent. S’il a fallu un temps qu’ils camouflent leur jeu, et encore aujourd’hui un peu, pour certains en Grèce, en Norvège ou en Autriche par exemple il n’est plus question de le faire.
serpent_soldatIl est essentiel de comprendre alors que tout cela doit être apprécié dans une chronologie bien comprise. Le capitalisme s’installe comme un système instable dont le maintien repose sur une constante impérialiste et fasciste qui se déploie à différents degrés en fonction de l’intensité de ses crises et des moments historiques. La fascisation des esprits cède toujours la place à celui de la matraque en dernière instance.
Il nous suffit de nous référer aux différents travaux d’Annie Lacroix-Riz pour comprendre que les acteurs principaux du fascisme d’antan étaient les mêmes que ceux du grand Capital. N’oublions pas d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen se flattait d’être le « Reagan français » il n’y a pas si longtemps encore.
Le propre du fascisme étant de « troubler ses eaux pour faire croire qu’elles sont profondes » – ainsi ils avancent à petit pas, mais représentent un réel danger. S’il a d’ailleurs lieu d’être, c’est parce que le fascisme a pour vocation de détruire une sortie de crise positive telle que cela pourrait avoir lieu sous l’impulsion d’un automouvement historique et des forces progressistes. Entre 1919 et 1922 les faisceaux de combat assumaient d’ailleurs parfaitement le rôle qui consistait à casser le mouvement ouvrier. Il en va de même pour l’après Commune de Paris, pour le Chili d’Allende, l’Allemagne nazie, etc.
Il est donc central et nécessaire de comprendre que Mussolini ou Hitler aussi avaient des amis, des contacts, des sympathisants juifs ou musulmans… Cela ne fait pas pour autant d’eux d’aimables républicains. Le fascisme sous ses formes diverses n’est pas qu’un racisme, c’est une instance immanente de réponse à une crise du Capital. C’est donc une continuité violente et ultra-sécuritaire du capitalisme libéral, malgré les confusions qu’il laisse naître.
Ainsi, le F.N n’est pas un parti patriote mais un parti nationaliste, pour qui l’ailleurs, l’étranger est l’ennemi. Là où les forces progressistes et patriotiques voient dans l’ailleurs un inter-national-isme possible qui n’est pas un inter-nationalisme mais une communion des nations et non le chauvinisme belliqueux.
De même, le F.N ne cesse, comme ses acolytes de droites de stigmatiser une part de la population et d’appuyer son propos sur la remise en cause d’un bouc-émissaire.
Le F.N sous des appels à la sécurité, à l’inefficacité d’un gouvernement en période de violences terroristes, ne fait que renouer avec l’idée qu’il faut construire une armée puissante et un contrôle de la population qui se fera avec l’accord du peuple. Or, c’est le double-jeu et le double-financement du Capital qui fait la guerre, active la crise et propose des solutions hasardeuses aux problèmes qu’il a lui-même crées, qu’il est nécessaire de dénoncer en apportant une réponse nationale et géopolitique adéquate.
Le F.N est pour une sauvegarde durable de l’emploi, outil du Capital qui se sert de la force prolétarienne en allant l’acheter sur un « marché du travail » alors que le mouvement ouvrier a produit une critique mais surtout des institutions à partir du CNR à même de nous émanciper de l’emploi.
Enfin, et la liste n’est pas exhaustive, le F.N ne cesse de faire le jeu de l’anti-syndicalisme en jouant la carte de l’anti-patronat mondialiste pour tenter le retour à un capitalisme « à papa » d’autrefois afin de conserver le mode de production capitaliste.
Mais, si nous sommes amenés à traverser une nouvelle période sombre et de tromperie organisée, il faut garder en tête que « les bavardages cessent devant le sérieux de l’Histoire » (Hegel).  Aussi, ce sont les forces que nous sommes prêts à établir aujourd’hui pour inverser ce processus, en adéquation avec le sens de l’Histoire qu’il nous faut construire. C’est-à-dire produire une critique qui fait sens et une théorie qui s’actionne dans la pratique pour contrer l’argumentaire fallacieux et intenable du fascisme de tous bords.

Loïc Chaigneau
, pour Initiative-Communiste / Etincelles.
Tous droits réservés.

mercredi 19 octobre 2016

Faucons rouges (Livre, Nov. 2016) - Première série de vidéos d'introduction au livre, à paraitre

Faucons rouges est disponible en version papier ici :
 Un seul lien =>
Pour les commandes hors internet (chèques, especes) envoyez un courriel à fauconsrouges2016@gmail.com

Pourquoi ce titre, Faucons rouges ?
                                                Que faire de l'idée de progrès ?
Tous prolétaires ? Comprendre les couches et classes moyennes
Qu'est-ce qu'une philosophie de combat ?
Propriété privée/lucrative/ d'usage... remettre les choses au clair.
Quelle actualité pour le marxisme ? Le dépasser / s'en passer ?

mercredi 23 septembre 2015

Jean Ferrat : Chanteur, communiste, patriote et écologiste. ( pour l'Affranchi)

Durant des siècles, les montagnes étaient perçues comme effrayantes et à juste titre, dangereuses. Il faut attendre Rousseau, puis Chateaubriand pour que ces paysages rocailleux, massifs et perçus comme monstrueux deviennent dans nos représentations des lieux de beauté et de calme : une nature comme recours et non comme retour.
Plus tard encore, en 1964, Jean Ferrat chante « la montagne ». Depuis, cette chanson a maintes fois été décrite comme « la première chanson écologiste ». Si nous pouvons considérer qu’elle l’a été, c’est au sens noble de l’écologie politique et probablement pas au nom de l’écologisme. L’auteur déclarait d’ailleurs lui-même : « L’écologie, pour moi, ce n’est pas seulement la nature, les petits oiseaux, les fleurs, les châtaignes, c’est la vie des hommes dans ces lieux-là » – la vie des hommes dans ces lieux-là, voici une chose dont l’époque aimerait se passer. L’auteur, lui, mettait l’Homme au centre, l’idéologie dominante y met la nature.
Pourtant, c’est tout l’inverse qui nous est présenté actuellement, comme à chaque fois en matière d’écologie. Ferrat aurait été un pourfendeur de la dite « société de consommation » et un prophète de la décadence à venir. Essayons d’y voir plus clair…

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Ce qui ressort de la montagne dont nous parle Jean Ferrat, il ne l’a peut-être pas entièrement pensé, mais il l’a dit, il l’a montré au travers de ses chansons – ce qui est le propre de l’artiste, du poète : avoir le génie de dire et de montrer, de dévoiler ou proposer un monde qui jusque là était ignoré.
Au fil de sa chanson, Ferrat ne chante pas tant la montagne et la nature que la campagne et les Hommes. En effet, de même que pour Rousseau, la montagne a pu être un recours pour s’extraire un moment de cette société  « où rien ne montrant la main des hommes, n’annonçât la servitude et la domination [1]», pour le chanteur, la montagne est décrite comme un recours vis-à-vis de cette société (et non de « la société ») post – Seconde guerre mondiale.
Cette société, c’est celle de l’essor industriel et des « trente glorieuses » dont les paysans, nous dit Ferrat :

« Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets »

C’est l’imaginaire qui les nourrit. Ils en « rêvent », ils veulent découvrir les « secrets » d’une vie a priori moins rude que ne l’est celle de la campagne. « Les filles », quant à elles, « veulent aller au bal » et Ferrat de surenchérir « il n’y a rien de plus normal ». L’auteur nous dépeint une société dans laquelle, en apparence, « tout est permis », mais où, à terme, « rien n’est possible » à moins de se soumettre et de faire ses heures à l’usine dans l’espoir d’acquérir un peu plus. La vie à la montagne devient alors un recours, une fois le mirage passé, mais certainement pas un idéal ou un retour à un état de nature dont l’homme « s’arracha à tout jamais ».

Ferrat, dont nul n’ignore l’engagement communiste, déplore ici les méfaits d’une société capitaliste où règne « la servitude et la domination » sous-couvert de libertés et de jouissance… Les premières ayant été confondues avec le libertarisme et la deuxième réservée à une classe minoritaire, profitant de l’extorsion de la plus-value des prolétaires.
Aussi, « s’ils quittent un à un le pays », ce n’est pas uniquement pour se « vautrer dans la consommation » mais dans l’espoir de trouver ailleurs des conditions de vie meilleures et simplement même « pour s’en aller gagner leur vie ».
 C’est le constat d’une telle situation qui fait ré-émerger la montagne et la nature comme un lieu de protection tant nous semblons nous en être extrait. C’est d’ailleurs ce qui expliquait déjà cet engouement romantique pour les montagnes en pleine révolution industrielle.
 Néanmoins, Ferrat chante davantage la campagne, c’est-à-dire l’environnement produit par l’Homme parmi cette nature, plus que la nature brute. C’est en cela, là-encore qu’il défend une écologie politique sans verser dans l’écologisme abjecte d’un Cousteau, antihumaniste.

« Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes »

L’auteur nous fait état du travail que demande la maîtrise d’une nature dans laquelle nous voulons vivre. S’il chante les doux plaisirs de la campagne par rapport à la vie de travailleur miséreux en ville, ce n’est pas pour autant qu’il oublie les sacrifices et le travail que cela demande. Il ajoute d’ailleurs :

« Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties ».

L’homme et sa condition, tant à la campagne qu’à la ville est au cœur de la chanson et non l’idéalisme d’une nature perdue qui était bienheureuse comme cela nous l’est souvent présenté.
——————-

En fait, Ferrat Chante l’Homme, il chante « les travailleurs » et cette France qu’il aime, tant par sa géographie qui explique en partie son Histoire que par son Esprit révolutionnaire. C’est ce qu’indique en tout cas La Montagne, mais plus encore Ma France, qu’il chante en 1969.
La France dont il se réclame, c’est celle de Robespierre[2], de la Commune de Paris[3], des travailleurs[4]. Il chante la géographie de la France au climat tempéré qui donne « ce goût du bonheur ».
Ferrat fût, à n’en pas douter, un chanteur de talent et engagé, ce qui n’est jamais simple de par les relations difficiles qu’entretiennent l’esthétique et le politique. Il fût aussi un communiste réel, un écologiste soucieux de l’environnement et de l’avenir de l’Homme, et un patriote intelligent et non haineux, qui sût inscrire ce patriotisme dans un internationalisme bien compris[5].


Loïc Chaigneau, pour l’Affranchi.
©2015 – tous droits réservés.
______________________
[1] Lettres à Malesherbes – troisième lettre, 26 Janvier 1762.
[2] « (…)Elle répond toujours du nom de Robespierre,
Ma France »
[3] « (…)Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France »
[4] « (…)Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’Histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs,
Ma France »
[5] Il faut d’ailleurs bien comprendre la dialectique de l’Etat-Nation qui, s’il a pu être oppresseur lorsqu’il sert des causes racialistes, peut être libérateur dans les circonstances actuelles.
   Je citerai pour illustrer cela Michel Clouscard : « L’État a été l’instance superstructurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd’hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l’État-nation a pu être le moyen d’oppression d’une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C’est un jeu dialectique. » – Puis Jean Jaurès, sur l’internationalisme bien compris, qui n’est en rien le mondialisme : « Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est le plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre française contre la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère. »

jeudi 25 juin 2015

Les Républicains (ump) : Pour l’alternance à défaut de toute alternative. Decryptage ! - (Pour l'Affranchi)


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« Si je suis battu le 6 mai, j’arrête la politique », Nicolas Sarkozy, le 08 mars 2012 sur RMC.
Nicolas Sarkozy, comme le reste de la classe politique actuelle, est habitué à ne pas tenir ses promesses et ne cesse de se contredire. Bien qu’ayant été battu le 6 mai 2012, l’ancien président de la république n’a alors de cesse de marquer son grand retour, à coup de tweet notamment. Elu président de l’ump, bientôt celui des républicains, à défaut de n’avoir jamais dirigé un mouvement d’union populaire il ne manque pas en revanche de s’accaparer la République. Mais trêve de considérations presque anecdotiques. L’UMP nouveau, ce n’est qu’un énième changement vers le même.
I – Les Républicains…

lesrepdecryptage
   Dans la vidéo de présentation du Parti des Républicains (https://www.youtube.com/watch?v=gXW8utsQsWY) dont le titre « Il est temps de passer des promesses aux actes » annonce une pièce déjà jouée et rejouée, Nicolas Sarkozy nous explique quels sont, d’après lui et son parti, les « principes de bases de la République ». Mais, en y regardant de plus près, ce que le président des dits « républicains » énonce comme étant les fondations de la République ne sont en fait que les fondations et croyances du capitalisme libéral, destructeurs de la République.
A savoir :
1 :45 « La république c’est le respect du travail, ce n’est pas l’assistanat »

D’entrée, il n’hésite pas à user des vieilles rengaines de son école politique, à savoir qu’il y aurait d’un côté ceux qui travaillent et s’en donnent les moyens et de l’autre, ceux qui s’y refusent et préfèrent vivre, voire survivre, en dépendant du travail de l’autre.
A première vue, cela pourrait presque se tenir car il est vrai que le refus du travail, surtout lorsqu’il est nécessaire que ce travail ait lieu, passe par le fait de le faire faire à un autre plutôt que de le faire soi-même. Mais, il nous faudrait d’abord savoir de quel travail il est question ici. Il s’agit, en fait, uniquement du travail dans le cadre de l’emploi, c’est-à-dire le travail dans sa pratique capitaliste avec une pratique de la valeur capitaliste, qui nie notre condition de producteur. Or, si la pratique de la valeur n’était pas cantonnée à ce qui peut être produit dans le cadre du « marché du travail », et que tout travail était reconnu comme producteur de valeur, car il n’y a que le travail humain qui produit de la valeur économique, nous constaterions que ces « assistés » lorsqu’ils participent à la vie sociale, dans des associations, des clubs, des partis ou bien lorsqu’ils créent du savoir, construisent des bâtiments à titre particulier ou associatif par exemple, produisent bel et bien de la valeur économique.
Mais alors, se pose la question de savoir qui n’en produit pas et surtout qui « consomme plus qu’il ne produit » ? A cette question nous trouvons nécessairement des réponses en jetant un ?il au CAC 40. De même, nous savons que chaque année l’évasion fiscale en France s’élève à environ 80 milliards d’euros… Qui sont les assistés et qui ruinent la France alors ? Les allocataires du RSA dont la qualité réelle de producteur de valeur est niée ou bien les représentant du Capital qui ne vivent que de la propriété lucrative, sans jamais travailler, y compris dans le cadre de l’emploi, ou qui, en tout cas, consomment plus qu’ils ne produisent.
Tout cela n’est que le fruit de croyances dont il est nécessaire de s’émanciper.
1 :49 «  La République, c’est la liberté, ce n’est pas l’addition des normes, des règles, des statuts. »
Comprendre que la République, c’est en fait le capitalisme libéral dont les principes économiques fondamentaux, je le rappelle, sont la libre circulation des personnes, des biens et des marchandises.
Ce qui est sous-entendu ici, c’est qu’ il « s’agit de défaire méthodiquement le C.N.R», bref de détruire les acquis des « jours heureux », comme le préconisait Denis Kessler, ancien vice-président du Medef. Là-encore, c’est une rengaine classique des libéraux… Moins de normes, de « charges » etc. Ce qui est attaqué ici, sous l’appellation notamment de « charges sociales », ce sont en fait les cotisations salariales, qui servent à construire les services publics tels que l’hôpital et l’école et à offrir un salaire au personnel hospitalier. Donc, qui dit moins de charges, de normes, etc. dit aussi moins de services publics, plus de privatisations, moins d’hôpitaux, d’écoles, de médecins, privatisation de la Poste etc.
1 :55 «  La République, c’est l’autorité, ce n’est pas le laxisme de Mme Taubira. »
A ce stade, intervient la seule distinction qui pourrait être crédible entre la droite au sens ancien, la droite réactionnaire ou bien même conservatrice, et la gauche libérale, à savoir le rapport à l’ordre et à l’autorité. Pour résumer, parce qu’il n’est pas question pour moi de m’étendre sur ces débats sociétaux sans fonds et qu’en y regardant de plus près, l’alternance tant vantée n’est qu’apparence… Nous pourrions dire que Nicolas Sarkozy et son parti sont prêts à s’attaquer « aux faiseurs de troubles plutôt qu’aux fauteurs de troubles » pour reprendre une expression du sociologue et urbaniste Jean-Pierre Garnier. Préférer s’attaquer au symptômes plutôt qu’aux causes en alimentant la guerre civile qui vient…
1 :59 «  La république, c’est la laïcité, ce n’est pas l’acceptation du prosélytisme et du djihadisme. »
   Enfin, Nicolas Sarkozy conclut sur un sujet qui donne des frissons à des millions de Français depuis déjà plus d’une décennie et plus encore depuis l’attentat du Charlie Hebdo.
Essayons de recentrer le sujet sur le réel, à partir de ce qui vient d’être écrit plus haut. Le capitalisme, n’est constitué que de croyances : sur la propriété comme production de valeur, sur le travail reconnu uniquement dans le cadre de l’emploi soumis au « marché du travail », sur le crédit etc. Il y a là un défaut réel de laïcité et Nicolas Sarkozy n’a eut, ici, de cesse de faire du prosélytisme[1]
Mais pour se situer sur le terrain dont il semble être question pour l’ancien président de la République, il serait intéressant qu’il définisse ce qu’est le « djihadisme », ce néologisme sans contenu véritable.
Plus encore, Nicolas Sarkozy et ses compères font-ils preuve de laïcité lorsqu’ils s’agenouillent devant le Capital, les banques, Bruxelles ou bien le Crif ?
Nous constatons donc que la « République » que nous propose M.Sarkozy et ses pairs et camarades, est en fait l’antithèse de ce qui fonde réellement la République et ce pourquoi d’ailleurs celle-ci tend de plus en plus à être décriée, aussi bien par la réaction qui la surnomme « la gueuse » que par la gauche du capital soucieuse malgré tout de maintenir le fétichisme de la marchandise. Le modèle qui nous est proposé ici, c’est le modèle prétendument Républicain, à l’américaine. Le jogger invétéré, équipé de t-shirt NYC et de Ray ban qu’est Nicolas Sarkozy, dont le fils étudie d’ailleurs dans une école militaire états-unienne n’a que faire des principes républicains. En réalité, il n’est une fois de plus que la marionnette d’un bouleversement politique et économique qui prend forme petit à petit dans l’alliance transatlantique. Bientôt, ces mascarades que sont les élections en gouvernement faussement représentatif, pourront être ramené à une seule et même élection, toujours manipulée, mais dont le siège central se trouvera à Washington…
Il est de bon ton, il me semble, alors, de rappeler que la République est d’abord sociale. Elle est le fruit d’institutions, et du partage dans la communauté, elle est « la chose publique », qui préexiste bien avant les définitions qu’un Peillon ou un Sarkozy peuvent en donner[2]. La République, c’est une société avec Etat, mais un Etat construit et au service du peuple qu’il ne faut pas confondre avec les appareils d’Etat, qui nous privent de notre liberté et nous oppressent, là où l’Etat agrandit mon domaine de liberté et mes libertés politiques. Aujourd’hui, l’Etat réel est un manque en France, car c’est un système économique sauvage qui règne et une mafia politique qui dirige, car là où il n’y a plus d’Etat c’est la mafia (pas celle de quartier..), l’armée, les clergés ou le chaos qui dirigent.
Pour synthétiser, comme l’a montré Regis Debray, la République prend forme dans des lieux clés et représentatifs que sont : l’école, la mairie, l’Assemblée. La république est transmission et « dans l’enfant, cherche l’homme et ne s’adresse en lui qu’à ce qui doit grandir, au risque de le brimer. [3]» L’inverse en fait, de ce que nous proposent Sarkozy et son parti.


 II – L’alternance à défaut de toute alternative.
Capture d’écran 2015-05-20 à 22.03.51
Plus tard, le 15 Mai dernier, une seconde vidéo, promouvant le nouveau parti et l’alternance a été mise en ligne sur Youtube et lé réseaux sociaux : https://www.youtube.com/watch?v=aEvkW_3yflQ. – je vous laisse remarquer les similitudes dans le montage, la réalisation, la musique, le discours, les tons avec la campagne de 2012 du P.S qui clamait « le changement, c’est maintenant ». Je me concentre ici sur le discours de fond, il y aurait trop à écrire sinon.
Cette fois, Nicolas Sarkozy n’est plus seul à prendre la parole, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, défilent tour à tour pour nous faire une proposition des plus originale : l’alternance. Le Parti Maastrichtien Unique n’a de cesse de poursuivre la même politique, avec les mêmes slogans, tout en voulant nous faire croire qu’un renouveau est en marche.
En 2007, « ensemble, tout était possible », en 2012 « Le changement, c’était pour maintenant », en 2015 « l’alternance est en marche ». En somme, nous avons là une véritable courroie de distribution d’un flot continuel d’une politique identique qui revendique le changement. J’expliquais d’ailleurs à l’époque où le hollandisme faisait fureur, que le changement n’était par définition que le renouvellement du même[4]. Il en va de même pour l’alternance. L’alternance n’est que le maintien perpétuel du même, par essence. L’alternance c’est la proposition de la continuité plutôt que l’alternative, qui se place en rupture avec ce qui a été, pour justement proposer ou placer autre chose dans un mécanisme qui a vocation à disparaître.
Dès lors, il n’est plus étonnant de constater que les discours tenus dans cette vidéo, malgré les milliers d’heures de cours en communication, demeurent identiques à ceux passés.
0 :19 « L ‘alternance est en marche et rien ne l’arrêtera. » Nicolas Sarkozy

Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy ne manque pas d’assurance et suis la trajectoire qui lui est indiqué par le Capital pour que la pièce de théâtre perdure.
Nous nous souvenons de ce discours du 16 Janvier 2009 où il prononçait ses v?ux aux corps diplomatiques étrangers sur un ton tout aussi serein en déclarant : «  Nous irons ensemble vers ce nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne, ne pourra nous en empêcher. » Ce Nouvel Ordre Mondial, qui bien loin d’être un projet ésotérique et mystique qui serait organisé par certains « Illuminés », existe bel et bien, et s’incarne par la prise du pouvoir du Capital, et la mise en place d’une union transatlantique, sans prendre en considération l’avis de la population, maintenue à l’écart.
Plus encore, son ton en est presque menaçant, comme si une fois de plus, rien ni personne ne pouvait ou n’avait intérêt à se dresser devant cette alternance, afin de poursuivre la politique unique qui se met en place actuellement.

0 :51 «  Les départements ont été gagnés par des candidats qui croyaient dans les valeurs de l’alternance » Gerald Darmanin
Soit cela ne veut rien dire, soit au contraire cela veut tout dire au regard de ce que j’expliquais plus haut à propos de l’alternance. J’en reste là, pour ce discours vide.
1 :05 «  L’opposition peut incarner un nouvel espoir (…) en corrigeant les dérives de l’assistanat, en commençant à travailler sur une baisse de la dépense publique. » Laurent Wauquiez.
Je ne vais pas vous faire le plaisir de revenir sur « l’assistanat », l’essentiel a été dit. Ce qu’il est intéressant de remarquer en revanche c’est l’utilisation de la rhétorique visant à nous faire accepter tout simplement une politique d’austérité et de paupérisation… Cela se traduit notamment par la destruction de la cotisation sociale et des acquis du C.N.R nous l’avons vu. Mais aussi pour rembourser une dette, prétendument publique, mais en fait privée[5] et fruit d’une soumission affligeante de la part des gouvernements successifs qui n’ont eu de cesse de liquider les pouvoirs régaliens de l’Etat. La réalité est d’ailleurs bien différente, elle est que la France, aujourd’hui encore est un pays riche, l’un de ceux qui se porte le mieux. Mais l’idéologie dominante a besoin de créer un système de représentations dans lequel nous devons nous penser en faillite, dans le but d’accepter les mesures d’austérité et de vendre petit à petit notre patrimoine[6]
2 :00 «  L’apprentissage, les lycéens professionnels, la formation, l’activité économique, ce sont les régions qui ont ces compétences désormais. » Gerald Darmanin, tout-sourire.
Une fois de plus, il est ici question de montrer l’intérêt qu’il y a à renforcer le pouvoir économique et politique des régions. En effet, la politique mondialiste vise à renforcer le pouvoir des régions partout en Europe tout en affaiblissant l’Etat-Nation le projet réel étant la dislocation par elle-même de l’Union Européenne, qui n’était qu’un rouage d’un mécanisme plus important, remplacé par l’alliance transatlantique, contre les Etats. L’UE est morte, vive l’UE en somme, au travers du Tafta et des Euro-régions.
2 :42 «  Maintenant, nous devons continuer, préparer le projet, fonder une formation politique… » Nicolas Sarkozy
Puis, vient le clou du spectacle ! Nicolas Sarkozy nous annonçant clairement qu’il n’y a aucun projet. Pas d’autre projet que celui de « continuer » et de mettre en marche l’alternance.
Avant de conclure à 3 :43 : «  Nous avons besoin de vous, parce que la France a besoin de chacun de ses citoyens… » Je vous invite à consulter les images. Lorsqu’il dit « vous », M.Sarkozy s’adresse bien à nous qui regardons cette vidéo, mais par la suite sa gestuelle indique que par « la France » c’est de lui dont il parle. En fait, Nicolas Sarkozy a besoin de vous, besoin qu’une fois encore une majorité lui fasse confiance aveuglément, après plusieurs minutes de discours flou par-dessus une musique entraînante.

    Nous pouvons donc amèrement constater qu’une fois encore, s’il y a quelques changements de forme, de nom, et de slogans, le discours de fond demeure inchangé. Aucune alternative ne semble possible, aucun basculement, la trajectoire semble toute tracée et gare à ceux dont on dit qu’ils « dérapent » dès lors qu’ils n’osent plus se prosterner devant l’idéologie dominante qui impose ses codes et représentations qui, bien ancrée nous empêche de construire tout appareil critique face à la langue de bois et nous condamne à accepter l’alternance du même.
Rappelons-nous, avec Gramsci, que la « phase hégémonique du capitalisme » correspond précisément à ce moment où chacun, sans s’en rendre compte, notamment lorsqu’il croit lutter contre, adhère finalement au discours sur le réel proposé par la classe capitaliste, ces fameux 1%.
Néanmoins, des solutions et alternatives existent. L’auto-mouvement de la conscience prolétarienne[7][8] combinée au dépérissement de l’appareil capitaliste, peut nous conduire à une modification concrète de l’organisation sociale et de la société.
« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » Hölderlin
« Sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire. » Lénine
Loïc Chaigneau, pour l’Affranchi.
©2015 – tous droits réservés.
_________________________
[1]
            [1]             Voir : Religion capitaliste et laïcité : https://www.youtube.com/watch?v=3vW8EoVUaEo
[2]
            [2] Ni Platon, ni les Romains, pour ne citer qu’eux, n’ont attendu les considérations de MM. Peillon et Sarkozy, entre autres.
[3]
            [3] http://laicite-aujourdhui.fr/?Etes-vous-democrate-ou-republicain
[4]
       [4] http://loicchaigneau.blogspot.fr/2013/04/le-changement.html
[5]
       [5] Cf : https://www.youtube.com/watch?v=76BvsYRNjf4
[6]
       [6] https://www.youtube.com/watch?v=Wnjo_vwylJs
[7] « les prolétaires », c’est à dire les 99%. Nier ce terme qui semble « depasser » mais qui décrit une réalité concrète serait succomber au piège décrit plus haut.
[8]
       [8] CF. Georg Lukacs – Histoire et conscience de classe.

lundi 9 mars 2015

Utopie et Distopie chez Orwell. (Article pour Culteidoscope Novembre 2013)

 Article paru le 23 Novembre 2013 sur : http://culteidoscope.unblog.fr/2013/11/24/utopie-et-dystopie-chez-orwell-quand-la-fiction-devient-prediction/

De l’utopie à la dystopie il n’y a parfois qu’un pas. En effet, l’utopie est l’expression imaginaire de la mise en œuvre d’une société idéale qui accomplirait le bonheur de tous. Pour cela, il faut bâtir, construire, structurer et organiser les villes d’abord mais aussi les individus afin que chaque chose, chaque homme, puisse trouver la place qui lui revienne pour le bonheur de tous.

Ainsi, dès l’antiquité, Platon puis Aristote rêvent d’un monde futur a priori idéal. Avant eux, les mythes comme celui de l’Atlantide occupaient déjà cette place. Puis, en 1516 Thomas More en imaginant un monde parfait, « sans lieu », c’est-à-dire l’Utopie étymologiquement apporta le nom caractéristique de toutes les sociétés ou ambitions futures à caractère idéaliste.
Pour autant, ces sociétés pensées comme des paradis sur Terre ressemblent davantage parfois à l’Enfer. De fait, ces lieux quasi idylliques revêtent davantage de similitudes avec des sociétés que nous qualifierions à juste titre aujourd’hui de totalitaire plus que de paradisiaque. Il suffit pour cela de s’intéresser aux castes établies par Platon1 ou aux lois et à l’architecture d’Utopia. Cependant, il ne faut pas confondre utopie et idéologie. Si la première a vocation à projeter dans un non-lieu un idéal imaginaire où les hommes pourraient être bienheureux, la seconde à l’inverse sort du chant poétique et artistique pour s’ancrer dans le réel et la vie quotidienne.
Si le XVIème siècle a été celui de l’Utopie, le XXème a sans conteste était celui de l’idéologie. Il est possible de voir alors que là où l’utopie nous libère, nous offre les moyens de nous extraire du réel du fait de l’imagination, dans des conditions qui ne sont pas celles de la réalité, l’idéologie nous place elle de fait dans le réel avec l’intention de le renverser de gré ou de force. C’est contre cela alors que George Orwell (mais d’autres aussi avant lui tel que Zamiatine2) tente de lutter d’abord dans La ferme des Animaux puis dans 1984. Ces deux dystopies ou contre-idéologie nous montrent les limites à la fois du stalinisme et des techno-utopies.
Dans Le meilleur des mondes, Aldous Huxley dessine quant à lui une contre-utopie parfaite. Mais, plus que le fond, c’est bien le ton de l’auteur qui conduit à parler de contre-utopie plus que d’utopie parce que là encore, le monde peint par l’auteur repose sur l’organisation, la science et la structuration de chaque chose afin que chaque individu trouve sa place dans un univers où tout est harmonieusement préétabli.
1984 et Le meilleur des mondes sont deux dystopies qui nous invitent par la fiction à rester plus attentif que jamais au réel et aux débordements idéologiques, scientistes et technologiques notamment. Deux partis-pris, deux fictions mais aussi deux prophéties pour un seul et même futur.

1984 – (1949)

Orwell 2

Les guerres nucléaires passées, les hommes vivent dans la peur quotidienne de les voir revenir. Le monde est alors divisé en trois blocs qui s’affrontent perpétuellement : l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia. L’histoire se déroule quant à elle à Londres, en Océania. Ici, le Parti règne en maître absolu avec à sa tête Big Brother, présent partout. Les limites entre vie privée et publique sont nécessairement abolies afin que le Parti puisse garder la population à l’œil en permanence.
Winston Smith mène à trente-neuf ans une vie morose d’employé intermédiaire (entre l’élite et le prolétariat) au sein du Ministère de la vérité. Chaque jour, il bricole et retouche des livres et journaux afin que l’Histoire passée coïncide toujours avec le présent et que le Parti ait toujours raison. Ainsi, le ministère de la vérité veille à maintenir une Histoire officielle totalement fictive mais qui doit être perçue par tous comme absolument vraie afin de créer des peurs et des tensions qui font oublier aux populations leur misère en détournant leur attention vers les blocs voisins ou vers les ennemis créés par le Parti, comme Goldstein.
Pour autant, Winston reste conscient du subterfuge et refuse de soumettre son esprit aux lois dictées par le Parti. Il commet sans cesse alors un « crime par la pensée », d’autant plus qu’il tient un journal de bord caché dans un coin de sa chambre où le télé-écran ne peut le cibler. Mais il demeure seul, jusqu’ici, à refuser de se soumettre pleinement, là où d’autres comme son « ami » ou camarade Syme qui, lors d’un repas, s’enthousiasme à l’idée « de détruire chaque jour des centaines de mots. » en « taillant le langage jusqu’à l’os » afin « de restreindre les limites de la pensée ».

Winston tente alors tant bien que mal de se changer les idées en rejoignant notamment la zone prolétarienne où se trouve un magasin d’antiquité, dernier lieu où il peut encore rêver. Il y côtoie aussi un soir une fille de mauvaise vie avec qui il couche ce qui est interdit par le Parti et le Ministère de l’Amour qui veillent à détruire toutes relations amoureuses et sexuelles.
Peu de temps après, un autre horizon s’ouvre qui permet à Winston de connaître quelques plaisirs auprès de Julia dont il pensait au départ qu’elle le pourchassait. Ensemble, ils vont s’évader et s’imaginer un autre monde, moins terne, plus coloré, moins oppressant et fait de libertés, mais tout cela était sans compter sur le fait que Big Brother les regarde…

Analyse -
 1984 est une dystopie par excellence qui peint les limites des techno-utopies contemporaines. George Orwell y décrit une société absolument totalitaire qui ne laisse rien au hasard et qui asservit complétement les populations.
Si la critique s’adresse d’abord à l’URSS et à son système de parti unique, elle est aussi une parabole futuriste visant les démocraties-libérales technocratiques et scientistes.
L’auteur imagine un totalitarisme poussé à l’excès et assisté par la technique et les technologies. Dans la vision d’Orwell, ce totalitarisme moderne asservirait les populations les privant de culture, de sexualité et d’information en les réduisant au simple état d’esclave.
L’homme n’est plus perçu dans son individualité mais uniquement comme le rouage d’une masse uniforme, dominée et formatée.


Orwell – Huxley : deux prophètes du monde contemporain ?
Souvent mis en parallèle ou bien complètement opposés, Orwell et Huxley semblent pourtant avoir décrit le même monde à des stades différents. Là où Orwell reste encore ancré dans une société telle qu’elle a pu apparaître au lendemain de la seconde guerre mondiale, Huxley décrit lui un état mondial qui advient bien plus tard encore. Les deux systèmes proposés par ces auteurs semblent correspondre davantage à une continuité qu’à deux perceptions différentes.
George Orwell s’attache à décrire une société littéralement asservie et opprimée, une société sous contrôle qui a besoin de forces armées pour exister pleinement et où les Hommes sont privés de tout accès à ce qui pourrait les accomplir.
Huxley quant à lui trace les lignes d’un totalitarisme plus abouti et soumis à la science dans ce qu’elle a peut-être de plus dangereux. Dans Le meilleur des Mondes, les individus ne sont pas opprimés mais conditionnés dès leur naissance afin qu’ils acceptent et aiment leur servitude. L’accès au livre par exemple n’est pas contrôlé puisque les classes inférieures éprouvent un dégoût profond envers la culture et la nature grâce au conditionnement qu’ils ont reçu peu de temps après leur création en couveuses artificielle. Le monde n’est plus divisé en blocs alors mais en deux grandes catégories d’humains, ceux qui vivent dans l’Etat mondial, programmés et conditionnés pour accomplir la tâche qui est la leur et ceux qui sont appelés « les sauvages » et qui vivent loin de ce monde.



 La ferme des animaux -
Orwell 3
 Autre œuvre de George Orwell, la Ferme des animaux est une fable satirique à l’encontre du stalinisme et des formes que le socialisme a pu prendre dans le courant du vingtième siècle. George Orwell s’en prend notamment ici à l’utopie égalitariste qui ne s’est pas accomplie.

L’histoire s’ouvre sur le rêve utopique de Sage l’Ancien, un cochon de ferme. Dans ce rêve, la race humaine qui exploite les animaux avait été chassée et éradiquée. Tous les animaux vivaient alors libres et égaux : plus d’exploiteurs, plus de dominés. Le cochon invite alors tous les animaux de la ferme à se soulever contre M.Jones leur propriétaire afin que la révolution conduise à une société sans hiérarchie et sans exploitation.
Quelques jours plus tard, Sage l’Ancien meurt. Ses amis et camarades cochons décident tout de même d’accomplir le rêve du sage. Ils fondent l’animalisme et préparent alors la grande révolution. Très vite, les animaux se rebellent et en viennent à chasser M.Jones de sa ferme. La ferme du Manoir prend alors le nom de Ferme des animaux et les sept règles égalitaires de la ferme sont inscrites à son fronton. Elles peuvent se résumer ainsi : « Quatre pattes oui ! Deux pattes, non ! »
Dans les jours qui suivent, les animaux mangent tous à leur faim et profitent de leur temps libre, tout cela sous les yeux attentifs des trois cochons à l’origine de la révolution. C’est alors qu’on soupçonne les cochons de voler le lait des vaches et les pommes sans les partager. Ils répliquent alors que c’est pour leur bonne santé et que seuls les cochons ont besoin de cela.
Les autres animaux de la ferme ne tiennent pas vraiment compte de comportement des cochons qui savent quant à eux comment détourner l’attention de leurs congénères sur d’autres sujets à risque comme le retour potentiel de M.Jones et d’une situation qui serait forcément pire alors que celle-ci.
Peu à peu alors, les cochons vont habilement prendre la place des hommes, leurs maisons, leurs habits et coutumes, mais gare à ceux qui oseraient le mettre en évidence, car il ne peut y avoir de retour en arrière comme les cochons en chefs sont des cochons et non des hommes !…

Analyse -
En un peu plus de cent pages, George Orwell montre habilement comment une utopie, un rêve, peuvent devenir idéologie et conduire à une contre-utopie parfaite. Ici, il analyse tous les mécanismes de psychologie sociale qui mènent au remplacement des exploitants par d’autres exploitants parfois plus féroces mais dont le message est toujours celui de l’émancipation et de la liberté afin de garantir leur place.
 Cette satire est l’occasion de dresser un sombre constat de ce qu’est devenu le socialisme. Orwell y analyse le renversement de situation, la place du chef, la création d’une communauté mystique et la maîtrise d’une propagande de guerre. Dans ce petit monde, chaque animal a son homologue humain de manière directe ou indirecte.


La Common Decency –
Orwell s’est attaché toute sa vie à lutter contre les totalitarismes et les idéologies macabres.
Aussi, plutôt que de partir d’une utopie pour transformer le réel, George Orwell proposera de renouer avec un socialisme originel qui part d’un « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune »3. C’est ce qu’Orwell nomme la common decency – Partir du bon sens ordinaire pour mieux vivre, simplement.
1 Cf. La République, Les lois.

2 Cf. Nous autres. (1920)

3 Cf. Jean-Claude Michéa – Impasse Adam Smith, 2002.


Loïc Chaigneau