vendredi 19 janvier 2018

80km/h : vitesse de la revolution ou partialitarisme ?


80km/h : vitesse de la lumière révolutionnaire ou partialitarisme ?

  Il est bien loin le temps où la voiture figurait en bonne place parmi les symboles de ce que l’opinion commune se représente comme un moyen d’accéder à une forme de liberté.  Désormais, de la gauche institutionnelle ou écolo à la droite sécuritaire, l’automobile se voit accabler de tous les défauts : elle pollue, elle est sale, elle tue, elle est l’expression du plus pure individualisme ; bref elle est un moyen détourné d’accuser celui qui n’a pas d’autres choix que d’en conduire une afin d’assumer le principe de réalité et de faire vivre ceux qui l’en accusent. Ainsi et depuis juillet 2017 cette politique a notamment consisté à empêcher les conducteurs de vieilles voitures à moteur diesel de conduire dans Paris tandis que les nouveaux modèles à moteur essence de 4X4 parfois bien plus polluants continuent quant à eux à pouvoir circuler. Après cette ignominie donc, voici désormais que le gouvernement compte imposer une nouvelle limitation de vitesse sur certaines routes nationales et départementales : 80km/h au lieu de 90km/h. Aussi anodin que cela puisse paraître à première vue, c’est en fait ici le même fil rouge qui commence à s’inscrire en profondeur jusqu’à en laisser des stigmates trop voyants : celui de la chasse aux prolétaires, orchestrée dans la logique continue de contre-révolution…


1.      Le gouvernement a ses raisons que la raison ignore.

  Les représentations avec lesquels nous vivons actuellement sont propres à une période de crise dont on nous cesse de nous rebattre en boucle les oreilles. A en croire les campagnes des candidats aux élections aussi diverses quelles soient,  l’insécurité, indépendamment même des actes terroristes, règnerait partout en maître. Aussi, partout et sans cesse toute mesure se présente dorénavant comme viable avec le seul prétexte de nous octroyer davantage de sécurité. Les mesures relatives au code de la route ne dérogent pas à cette règle, bien au contraire. C’est ainsi qu’au lieu d’étayer clairement les problèmes, s’il y en a, lié à la vitesse sur la route, beaucoup se contenteront d’insister sur la nécessité pour plus de sécurité de limiter davantage encore la vitesse légale autorisée. Aussi, à ce jeu là, il semble difficile d’être contre : qui serait prêt à militer pour plus d’insécurité en voiture ? D’autant plus quand il s’agit de mettre l’accent sur la vie d’un enfant, d’un parent ou d’un conjoint.
  Or, si nous acceptons de regarder avec un peu de lucidité et d’objectivité les faits plutôt que d’accepter un paradigme selon lequel l’insécurité sur les routes serait liée à la vitesse, le réel semble contredire le mélodrame ambiant. En effet et d’abord, les routes sur lesquels la vitesse maximale est autorisée, à savoir les autoroutes, sont celles où le moins de morts sont recensés chaque année[1]. Pourtant c’est aussi sur ces autoroutes que se retrouve le plus grand nombre de contrôles de vitesse. Par ailleurs, l’excès de vitesse n’intervient qu’en troisième instance dans les cas d’accidents de la route, derrière l’usage d’alcool et de stupéfiant. De plus, ces derniers peuvent évidemment être couplés à la vitesse. En réalité donc, ce qui n’est pas dit c’est que ce qui cause en majorité les accidents de la route, en dehors d’une consommation de drogues au volant, c’est le manque d’infrastructure viable et la contrainte pour ceux qui n’en n’ont pas les moyens financiers de se tourner vers des routes, notamment départementales, bien moins correctement aménagées que les autoroutes qui présentent un risque minimal pour les usagers.
  A la lumière de ces faits, il nous faut comprendre dès lors que les intérêts recherchés ici ne sont pas la sécurité mais bien ceux d’un profit objectif, notamment pour des entreprises comme Vinci à qui la majorité des autoroutes appartiennent depuis que M De Villepin les leur a vendues. Mais c’est là aussi l’expression claire d’une lutte de classe qui ne dit pas son nom mais qui prend racine dans l’hégémonie culturelle contre-révolutionnaire de la classe dirigeante.

2.      La voiture : instrument de libertés ou moyen d’oppression sur le producteur ?

  Il faut rétablir un premier fait : la voiture est le moyen de locomotion le plus commun. L’automobile est l’outil de déplacement  le plus accessible tant d’un point de vue financier que technique ou pratique pour la majorité d’entre nous.
  Puis, il y a un deuxième point sur lequel il faut insister : la voiture, si elle peut être le moyen d’accéder à un loisir (partir en vacances) reste avant tout le moyen qui rend possible la production en permettant aux travailleurs de se rendre sur leur lieu de travail. Ce qui peut occasionner par ailleurs un certain nombre de frais réels quand il n’y a pas d’indemnités prévues. Aussi la voiture demeure d’abord et avant tout un bien d’équipement nécessaire à la production et dont il est difficile de se passer au risque de perdre son emploi, dans notre mode de production. Ce n’est pas, ou pas seulement par plaisir, que nous achetons tel ou tel modèle, mais d’abord parce que nous en avons besoin.
  Dans le même temps, il existe bel et bien des moyens de transport qui sont eux des biens de consommation, qui ne servent pas la production mais permettent uniquement à son propriétaire de jouir du luxe que ce bien lui offre : on songera dans les cas les plus explicite aux yacht par exemple, qui ont été depuis détournés de leur fonction première de locomotion en mer… quand la voiture du quidam permet à peine d’entrevoir sereinement de longue distance en dehors de l’itinéraire établit pour aller de chez soi au lieu de travail et inversement.
  La voiture est donc le moyen de locomotion des forces productives. Il est donc plus aisé de le discriminer et de l’attaquer lorsque ceux qui le condamnent ne connaissent que les aéroports des différents pays où ils se rendent ou bien lorsqu’il disposent de jets ou yachts privés ou même tout simplement d’un appartement suffisamment bien situé en ville afin de pouvoir se rendre à pieds ou à vélo jusqu’aux lieux de leurs affaires. Mais tout cela ne représente qu’un roseau de monde à côté de l’étendue émergée qui le compose dans son ensemble.
  Aussi, condamner l’automobile, c’est condamner le producteur. C’est opprimer celui qui n’a pas le choix d’être sur la route, dans les bouchons où les 80km/h sont de toutes façons rarement atteints. C’est condamner celui qui travaille loin de sa famille à devoir prolonger encore ces heures d’attente. C’est le condamner à contrôler sans cesse sa vitesse avec la pointe de son pied sur le frein, ce qui occasionne une lassitude mentale et une fatigue souvent bien plus conséquente que la vitesse elle-même, surtout sur des routes désertes. Mais sans cela, il se risque à recevoir une amende, en plus de la pénalité peut-être déjà perçue sur son salaire le matin du fait d’un retard minimal du à la peur de dépasser de peu la limitation de vitesse : ce sera alors autant de minutes de sommeil en moins pour combler un temps qui lui échappe alors même qu’il l’emprisonne.

3.      De l’idéologie sécuritaire à la gauche écologiste : même combat.

  Devenez écologiste : privez-vous de voiture, privez-vous d’emploi, privez-vous d’argent, privez-vous de famille, privez-vous de vous-mêmes, la Terre, mieux s’en portera.
  Loin de moi l’idée de faire ici un faux-procès à l’écologie politique dont j’ai déjà eu parlé à plusieurs reprises dans mes écrits ou mes vidéos. Au contraire, il s’agit davantage ici de faire le constat objectif d’une alliance non dite entre un discours de classe dirigeante à visée sécuritaire et une certaine pensée prétendument de gauche et dite écologique. C’est la sauce Hidalgo : un Paris sans voiture, racheté par le Qatar, dont on sait les effort qu’il produit pour minimiser sa trace Carbonne.  En somme : les prolos à vélo tandis que le grand Capital international s’évertue à polluer l’Humanité toute entière dans une spoliation constante de la valeur produite par le prolétariat de part le monde. Finalement, comme le signalait Brel c’est peut-être d’abord la pollution morale et politique qui devrait à notre époque attirer notre attention.
  Car enfin, c’est au sein de ce même monde soi-disant libre et où l’extorsion de la plus-value est à son acmé que se produisent les catastrophe écologiques les plus conséquentes, qu’on ne songe aux quantités de pétrole déversées en mer par certains magnats du baril sans qu’aucune législation internationale ne trouve à y redire quoi que ce soit.  Mais il est plus aisé là-encore de voir la paille dans l’œil du voisin et de lui conseiller dans un puritanisme sans précédant un certain nombre d’attitudes visant à protéger une Planète qu’il ne serait a priori plus en droit d’habiter, « salaud de pauvre ».

4.     Réprimer l’automobiliste ou soutenir le déjà-là fonctionnel et alternatif des transports ?

    A l’heure où la direction de la SNCF annonce la suppression de plus de 2000 emplois pour 2018[2], la question des transports se doit d’être au cœur de nos préoccupations. Puisqu’en effet, outre la vitesse, ce qui conduit à une forte morbidité sur les routes c’est le nombre de kilomètres parcourus[3]. Or, l’une des meilleures solutions pour remédier à cela se trouve dans les transports en commun. Mais là où le bas blesse c’est qu’une fois encore le Capital poursuit sa logique systématique de permissivité avec le consommateur et de répressive avec le producteur, qui se trouve en réalité être le même à des moments différents. Ainsi, la publicité ne manque pas de capitaliser sur les aspects libérateurs de l’automobile face aux alternatives collectives. Mais au même moment, cela permet au Capital de se retirer de tout investissement dans les frais qu’occasionne le véhicule, laissant ainsi à l’usager du véhicule la seule charge de son entretien, quand bien même sa voiture ne lui sert qu’à se rendre sur le lieu de son emploi.
   C’est ainsi qu’une fois encore cette politique masque le réel au profit d’apparences qui ne manquent pas d’être levées dès lors qu’on s’attarde un peu sur la question. Une politique de sécurité routière réelle devrait d’abord consister en un investissement plus conséquent dans les transports publics et notamment ferroviaires, en particulier pour le transport de marchandises. 
  Finalement la privatisation massive qui est en cours dans le secteur des transports publics peut se révéler comme la première cause de mortalité sur les routes. En effet, le Capital fait depuis des années le choix du tout routier afin d’extraire complètement du champ des transports ceux qui s’organisent de manière collective. Or, une réduction massive du trafic permettrait déjà de minimiser les risques de mortalité sur les routes.
  Au lieu de cela, c’est une politique de flicage[4] permanant qui s’instaure et qui permet d’incriminer l’automobiliste qui se retrouve seul et a priori dépourvu de réponse lorsqu’il semble devoir y faire face.

5.    De la privation de nos libertés à la reconquête de la liberté. 

  Outre ce constat amer d’une situation qui tend à rendre la vie insupportable à ceux dont l’héritage a laissé des marques rouges quasi indélébiles qui ne peuvent être pardonnées par la classe dirigeante, nous assistons bien là à l’instauration d’un pouvoir, j’ose ici le néologisme, partialitaire. En effet, la notion de totalitarisme d’un point de vue étymologique et non historique, renvoie davantage à l’idée que la totalité l’emporte sur la partie : bref la démocratie réelle réalisée, le commun.  Ici, c’est bien l’inverse, c’est un partialitarisme, qui prend les habits de ce qui est habituellement décrit comme « totalitarisme » ou bien encore ce n’est que l’autre nom, plus politique, du capitalisme : chacun selon ses moyens et non ses besoins.
  Aussi, une minorité s’octroie le droit d’en retirer à la majorité. Cette même minorité ose nommer « privilégiés » la majorité lorsque celle-ci entend défendre et poursuivre ses droits et conquêtes sociales. Il s’agît dont d’un partialisme abjecte au service d’une minorité qui détient le pouvoir.
  Dès lors un certains nombres de nos libertés politiques se voient réduites à peau de chagrin : insécurité sur les routes, état d’urgence… L’Etat de droit cède la place au contrôle permanant. Pour peu que vous fassiez l’erreur d’appuyer un peu trop sur votre pédale d’accélérateur vous serez considéré comme un criminel, en plus d’être un pollueur, un beauf, un mauvais électeur…  
  Dans ce cadre là, il est plus temps que jamais alors que les prolétaires de tous pays prennent conscience de leur être de classe pour renouer avec leur liberté ontologique qui se constitue dans le collectif au détour du politique ! Aussi, les 80km/h ne seront plus que le souvenir vague d’une vitesse ayant engendré une révolution qualitative nécessaire.


Loïc Chaigneau


[1] Cf. données ONISR / BAAC
[2] Cf. https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/2081-suppression-demplois-a-sncf-cheminots-doivent-defendre-service-public-de-nation-contre-leuro-privatisation/
[3] Selon l'agence européenne du rail, il y a 52,6 morts par voyageurs/milliards de km parcourus en deux roues, 4,45 en voiture (en réalité5,2 en France), 0,433 en autobus, 0,156 en train.
[4] En 2015, les délits routiers représentaient 34% des délits faisant l'objet de condamnations par les tribunaux (280 600 condamnations auxquels il faut ajouter 30 000 compositions pénales, soit 0,8% des titulaires du permis de conduire et 52% des contraventions de 5e classe). Les condamnations routières représentent quant à elles 21,2% des condamnations à des peines de prisons en 2015...  Cf.http://www.justice.gouv.fr/include_htm/reforme_penale_chiffres_cles_plaquette.pdf

samedi 26 août 2017

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samedi 8 avril 2017

Misère et Philosophie / Ensemble d'entretiens

Discussion d'ouverture.

La question de la propriété.



La graduation révolutionnaire. Que faire ? Comment agir ?


Le Front national....

Le fascisme....


ET d'autres à venir...

dimanche 27 novembre 2016

Fidel est mort. Un monde se finit. Un autre, commence.




 Fidel est mort. Un monde se finit. Un autre, commence.


Cuba et l’anti-imperialisme.

  Le 25 Novembre 2015, Líder Máximo  est mort. A en croire Michel Onfray, il aurait peut-être dû choisir une autre[1], même si le dit intellectuel rappelle ensuite que la mort n’est que l’aboutissement de la vie, fait naturel. Difficile d’ores et déjà de s’y retrouver.
  Fidel Castro, l’ennemi public n°1 réel est mort. Dans son lit, à quatre-vingt dix ans. Ce n’est pourtant pas faute pour le camp impérialiste d’avoir chercher à l’assassiner à maint reprise : 638 fois même, d’après le très officiel journal Le Monde[2]. D’ailleurs, ce même journal faisait signer hier une nécrologie de Castro rédigé par un journaliste mort il y a quinze ans déjà. A croire qu’ils n’attendaient tous que cela.
  Ils ont essayé de le tuer. Qui, « ils » ? Les « yankee », la C.I.A, l’élite impérialiste, le grand Capital. Bref, ceux que Castro et ses alliés, Chavez, Sankara, Allende et les autres non-alignés, n’ont eu de cesse de malmener, en résistant ensembles ou successivement. La C.IA est même allée jusqu’à piéger, empoisonner, ses stylos, ses cigares ou ses produits pour la barbe. Fidel était de ce, assez rare sans doutes, qui eurent au moins 638 raisons officielles, et plus encore, de se méfier du « monde libre » et de ses sbires qui sévissent armés partout où les Hommes se lèvent. D’autres leaders, nombreux, n’ont pu résister à toutes ces attaques, comme l’a montré John Perkins, ancien « assassin économique » au service de la C.I.A[3].

  Castro et les cubains ont du faire face les premiers à de fausses révolutions, qu’on dit « colorées », à de nombreuses tentatives de coup d’Etat et d’assassinat. Les Etats-Unis n’ont eu de cesse d’imaginer un moyen pour détruire le régime cubain et sa population.
  L’arme principale des Etats-Unis n’était pourtant pas celle que l’on pense. En effet, ce fut avant tout celle de la séduction, dont Michel Clouscard disait qu’elle est « le pouvoir du langage indépendamment du Concept (…) un discours qui peut apparaître en ayant le pouvoir d’anéantir l’être ». C’est ainsi que qu’au détour d’une discussion avec un militant de « la gauche de la gauche », plus révolutionnaire en apparence que quiconque, j’ai le souvenir que celui-ci s’alarmait du fait qu’à Cuba, tous les emballages pour un même type de produit (un dentifrice, par exemple) étaient identiques. Selon lui, et d’autres, cela était une preuve de « totalitarisme ordinaire et quotidien » car « nul choix possible ». A cela évidemment, le monde capitaliste préfère une société où « tout est permis… », Mais où malheureusement, là encore « … rien n’est possible ». Mais encore faut-il le déchiffrer.

  Alors, je ne vais pas ici faire un éloge grandiose, qui suivrait une chronologie de faits glorieux attribués à Castro. Cela a déjà été fait. Néanmoins, on entend dire encore que « Cuba n’est pas socialiste », comme se plait à le répéter le gauchisme[4].
  Si cela est vrai, alors, et quand bien même ? Ce que nous défendons au travers de Fidel et dans l’entretien de sa mémoire, ce n’est pas Cuba comme paradis socialiste, mais d’abord et avant tout l’anti-impérialisme puissant que Castro et ses alliés ont pu insuffler de par le monde. C’est un monde au choix multiple. Un monde où l’Un peut côtoyer le multiple. Un monde où les Etats-Unis seuls ne pouvaient pas totalement et au moins idéologiquement régner en maître.
Quant à la réalisation socialiste de Cuba, il y aurait beaucoup à dire. Déjà, il faudrait dire que le socialisme, s’inscrit dans un inter-national-isme bien compris. Cet internationalisme rendu quasi impossible par l’embargo américain – mis en place dès 1962 par les Américains dans le but de véritablement saigner Cuba. C’est une réalité fondamentale, essentielle et première bien que la presse et les pseudos-analystes de tous bords jugent ces données très relatives.
Malgré cela, et sans entrer dans les détails, trop longs pour ce genre d’article, quel bilan tirer de la révolution cubaine ?
  D’abord, une mortalité infantile quatre fois plus faible que celle des régions aux alentours (il suffit de penser à Haïti…).  Une espérance de vie qui avoisine les quatre-vingt ans, contre 58 avant la révolution. Cuba dispose de la plus grande culture extensive et biologique. L’UNESCO elle-même a reconnue le haut niveau d’éducation à Cuba. La médecine cubaine est extrêmement en avance et non-soumise aux laboratoires pharmaceutiques. Le niveau de vie moyen du travailleur cubain est nettement plus élevé que celui des travailleurs d’Amérique Latine. La mise à disposition de biens d’équipements pour tous.
Bref, autant de choses pour un si petit pays, parti de si loin, que bien d’autres peuvent lui envier, à commencer par les U.S.A.
  Quant aux accusations des adversaires du régime cubain, elles indiquent que la pauvreté du pays serait le fruit d’une politique socialiste absurde dans laquelle le régime aurait persévéré. Ah… Il aurait pourtant fallu que Fidel renoue avec le capitalisme, avec l’impérialisme, et tout aurait été plus simple… Fidel, c’est un peu pour eux la forte tête de la classe qui n’a juste pas voulu se plier aux consignes ignobles et pourtant « normales ».

  Des justes, et des autres....

  Balavoine disait : « (…) Il n’y a que deux races : ou les faux ou les vrais. » Quoiqu’un peu binaire, ce 25 Novembre a été l’occasion de jauger les soutiens réels dans le camp progressiste et ceux qui, l’Histoire trébuchant, continuent de jouer aux révolutionnaires de pacotille voulant toujours se faire « plus royalistes que le roi ». C’est ainsi qu’alors que bon nombre de ceux qui assument encore aujourd’hui les idées de progrès et d’humanisme n’ont pas hésité à rendre un vif hommage à Fidel Castro, d’autres comme Chassaigne ou Onfray n’ont eu aucun répits pour lui cracher au visage, sans honte aucune.
  Nous avons là les personnages conceptuels de la défaite progressiste. Ceux-là même qui en d’autres temps n’ont pas hésité à pousser Allende dans la gueule du loup américain. Sous prétexte finalement, qu’il n’était pas assez pur, qu’il n’en n’avait pas fait assez, pas suffisamment socialiste, pas suffisamment ceci ou cela. Ceux qui, se jettent dans l’Enfer, pavés de bonnes intentions. Les moralisateurs de tous bords qui n’ont de maîtrise que les micros que les médias mainstream leur tendent volontiers pour discréditer les causes qu’ils prétendent défendre. Ils sont de ceux qui, en dernier instance, choisirons toujours la prestance figurative d’un Obama, à Castro ou Chavez. Ils sont de ceux pour qui l’analyse concrète et la politique objective n’existe pas. Seuls règnent l’apparence et le jugement moral. Qu’importe les millions de morts causés par le premier des américains tant qu’il se dit démocrate et qu’il revêt une noirceur de peau qui légitimerait le progrès – il vaudra toujours mieux que le vieux cubain  dont on nous rebat les oreilles qu’il n’a été qu’un infâme dictateur. Tout aussi « infâme » que l’est par ailleurs la « dialectique »[5] - Jugements qui vont de paire malgré les apparences.

  C’est ainsi que Michel Onfray n’a pas hésité hier à prendre son courage à deux mains pour vilipender Melenchon et le « mythe de Castro »[6].


Rien qu’un fou…

Le philosophe incontesté, qui s’inscrit pourtant « par delà le bien et le mal », appuie son propos par un argument incisif : « Mélenchon a-t-il fumé la moquette ? ». Une « philosophie au marteau » qui ne fait là que briser davantage encore la crédibilité de l’ecolo-réactionnaire Onfray. J’invite d’ailleurs les lecteurs à lire l’analyse que j’avais pu produire à ce sujet, disponible dans Faucons rouges (2016 – Thebookedtion).
  Onfray s’inquiète, comment peut-on défendre Castro, sur des positions écologistes, comme l’a fait Mélenchon, alors que le vieux cubain ne « défendait pas la nature ». Cela pourrait n’être qu’un élément anodin du discours d’Onfray – or, c’est un point central qui montre l’incapacité du camp progressiste à resituer l’Homme dans une compréhension globale du monde, du fait de l’antihumanisme omniprésent. Castro défendait, comme tout écologiste raisonné, l’Homme dans son environnement et le régime cubain a très tôt mis en place une politique agricole biologique qui s’est fait un nom. La nature n’attend pas de nous que nous la défendions, elle a fait fi des espèces vivantes à bien des reprises. Mais Onfray et « sa gauche » eux, ne veulent pas sauver les hommes, ils préfèrent brandir les slogans de l’idéologie dominante pour n’être que les idiots utiles des modes de production et politique qu’ils prétendent combattre. Si Nietzsche avoua qu’il «  n’était rien qu’un fou, rien qu’un poète », on retiendra des nietzschéens qu’ils ne sont que des fous.

  Puis, Onfray n’hésite pas à formuler ses « théories du complot », puisqu’elles sont autorisées lorsqu’il s’agit de Castro, bien sûr. Ainsi, il signale que l’annonce de la mort de Fidel Castro le 25 novembre semble corréler avec le 25 Novembre 1956, début de la guérilla menée par Fidel et ses acolytes. Il y aurait donc orchestration.
  Si le leader cubain était mort le 9 Octobre, Michel Onfray aurait sûrement mis en garde contre une orchestration symbolique de la mort de Castro visant à définir une date de mort identique à celle d’Ernesto Guevara. Le 8 janvier aurait fait résonnance avec la prise de la Havane en 1959 etc. bref, autant de date qu’il est possible d’articuler de manière arbitraire pour essayer de faire dire tout et n’importe quoi lorsqu’on n’a tout simplement rien à dire comme le pseudo-philosophe mondain. Il y a pléthore de dates marquante dans la vie d’un tel homme, après quatre-vingt dix ans. Il n’est pas nouveau que le philosophe fétiche des médias dispose d’une capacité inouïe à produire du vide sur des milliers de pages et de bandes sonore sou vidéos. Voici une nouvelle preuve.


  Cet épisode en dit bien plus long que l’anecdote qui le recouvre. S’il faut retenir quelque chose, outre ces trahisons ordinaires, c’est qu’avec la mort de Fidel, une page de l’Histoire se tourne. Aussi, il nous faut écrire les pages de demain, dans un monde où les forces progressistes sont plus que jamais mises à mal et où l’OTAN règne en maître tant politiquement que culturellement.
  Mais, sous cette hégémonie, derrière cet arbre qui ne peut plus que tomber et qui résonne, la forêt pousse, l’élan révolutionnaire germe, en silence mais de manière intense, tel un brasier ardent qui ne peut qu’émerger dans une période où le réel cesse d’être rationnel et donc fonctionnel.



Aussi, continuons à avancer et ce malgré les leurres pseudos-progressistes, et si :
« Les impérialistes voient des extrémistes partout, ce n’est pas que nous soyons des extrémistes. C’est que le monde se réveille. Il se réveille partout. Et les gens se lèvent. »


Loïc Chaigneau, pour initiative-communiste / Etincelles.
© 2016 -  Tous droits réservés


Voir aussi : http://www.marx.be/fr/content/cuba%C2%A0-parti-%C3%A9tat-et-institutions-sociales - Sur la construction du socialisme à Cuba.



[1] http://www.lepoint.fr/monde/onfray-mort-de-fidel-castro-melenchon-a-t-il-fume-la-moquette-27-11-2016-2086030_24.php
[2] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26/ces-638-fois-ou-la-cia-a-voulu-se-debarrasser-fidel-castro_5038675_3222.html
[3] http://www.dailymotion.com/video/xdatl2_les-assassins-economiques_news
[4] Libertaires, trotskistes, maoïstes.
[5] « l’infâme dialectique » est une expression de Deleuze, l’un des maitres à penser de ces générations plus révoltée que révolutionnaire.
[6] http://www.lepoint.fr/monde/onfray-mort-de-fidel-castro-melenchon-a-t-il-fume-la-moquette-27-11-2016-2086030_24.php

vendredi 25 novembre 2016

Le FN n'est pas raciste ? (Pour I.C et Etincelles)


Le FN n’est pas raciste ? Ou l’argument du sympathisant noir.

http://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/fn-nest-raciste-largument-sympathisant-noir/?pk_campaign=feed&pk_kwd=fn-nest-raciste-largument-sympathisant-noir&utm_source=Sociallymap&utm_medium=Sociallymap&utm_campaign=Sociallymap

L’ami noir : argument fallacieux du raciste.

Depuis quelques temps, et à l’appui d’une vidéo[1], les sympathisants et adhérents du scandent à qui veut l’entendre que le parti qu’ils soutiennent n’a rien de fasciste ou de raciste : ils en veulent pour preuve « des noirs, des maghrébins, des asiatiques, qui appellent à voter pour Marine Le Pen » (sic). L’usage rhétorique qui est employé est identique à l’argument du raciste qui prétend ne pas l’être parce qu’il « a un ami noir » ou « qu’il y en a des bien… »

Or, quoi de plus raciste déjà que de définir par la race[2] celui que l’’on considère comme un ami ? Il ne viendrait à l’esprit de personne de dire « j’ai un ami aux yeux noisettes » ou « je n’ai rien contre les personnes de petite taille, d’ailleurs j’ai une amie assez petite », ou simplement de définir par une quelconque caractéristique physique empirique tel ami ou tel autre. Soit nous avons des amis, qui sont ce qu’ils sont et que nous considérons comme tels de par la relation que nous entretenons avec eux – et ce, quelles que soient leurs origines ou caractéristiques purement physiques, soit cela s’apparente à une étroite forme d’amitié. Cela semble être un truisme, une simple évidence, mais il semble pourtant nécessaire de le rappeler.

racismeCet argument par la race renvoie d’ailleurs dos à dos racistes et « antiracistes » patentés, les uns comme les autres se contentant de garder comme point d’ancrage de leur réflexions ou débat la race. Or, une réelle position antiraciste est celle qui ne cherche pas davantage à mettre en place des quotas dans la vie civile ou professionnelle de telle ou telle personne en fonction de ses caractéristiques physiques. La question de l’antiracisme ne se pose que par opposition, mais c’est la voie supérieure qu’il faut convoquer et adopter, celle qui vise à mettre de côté la pseudo-notion de « race » pour déterminer les enjeux réels, sociaux-économiques, sentimentaux, etc. mais certainement pas l’imposture biologisante qui trahit à la fois et la cause a priori défendue et la biologie.
Cela étant dit, qu’en est-il du fascisme du F.N, malgré ses « sympathisants noirs, arabes, asiatiques », voire extra-terrestres peut-être ?  Finalement au F.N qu’importe la couleur, tant qu’on est dans les clous. Le problème demeure l’étranger, l’étrangeté même – celui-là qui invite à la réflexion sur soi-même, à la remise en cause de codes prétendument immuables. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Platon fait intervenir à maintes reprises dans ses dialogues le personnage de l’Etranger pour mener les débats et démasquer les sophistes. Mais ce n’est pas le lieu pour le développement de cette problématique.

Le fascisme n’est pas qu’un . C’est aussi une roue de secours.

Nous sommes actuellement en présence de deux formes de fascismes. Deux formes dont j’ai d’ailleurs tentés d’esquisser les caractéristiques dans Le nouveau fascisme paru en 2013. Même si j’aurais quelques critiques personnelles de fond à formuler a posteriori au sujet de ce premier livre, il n’en demeure pas moins que les caractéristiques de ces deux fascismes, qui n’en forment à vrai dire qu’un,  y sont pleinement déployées.
En effet, le ou les fascismes sont et ont toujours été les roues de secours du Capital. Il n’est pas étonnant alors de voir se mettre en œuvre un fascisme qui prend la forme de l’impérialisme. Celui-ci s’étend à la sphère géopolitique et planétaire comme dans l’adhésion au discours de l’idéologie dominante qu’il répand dans sa forme hégémonique et qui s’apparente davantage à un fascisme des esprits qu’un à fascisme de la matraque. Fascisme de l’impérialisme, « stade suprême du capitalisme » comme l’a longuement expliqué Lénine.
Puis, dans le même temps, le fascisme archaïque, celui de la matraque refait surface, car il ne peut en être autrement en période de crise du capitalisme. Ce dernier, bien qu’ayant fait siens les codes du fascisme de l’esprit – qui se répand par l’inculture plutôt que par le retrait de la culture[3] – surgit avec férocité dans ses actes et ses mots car à terme, il sait qu’il doit l’emporter à l’issue de la crise – car il est le rouage essentiel qui permet au Capital de perdurer. C’est dans cette lignée-là que les mouvements et partis d’extrême-droite d’Europe s’inscrivent. S’il a fallu un temps qu’ils camouflent leur jeu, et encore aujourd’hui un peu, pour certains en Grèce, en Norvège ou en Autriche par exemple il n’est plus question de le faire.
serpent_soldatIl est essentiel de comprendre alors que tout cela doit être apprécié dans une chronologie bien comprise. Le capitalisme s’installe comme un système instable dont le maintien repose sur une constante impérialiste et fasciste qui se déploie à différents degrés en fonction de l’intensité de ses crises et des moments historiques. La fascisation des esprits cède toujours la place à celui de la matraque en dernière instance.
Il nous suffit de nous référer aux différents travaux d’Annie Lacroix-Riz pour comprendre que les acteurs principaux du fascisme d’antan étaient les mêmes que ceux du grand Capital. N’oublions pas d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen se flattait d’être le « Reagan français » il n’y a pas si longtemps encore.
Le propre du fascisme étant de « troubler ses eaux pour faire croire qu’elles sont profondes » – ainsi ils avancent à petit pas, mais représentent un réel danger. S’il a d’ailleurs lieu d’être, c’est parce que le fascisme a pour vocation de détruire une sortie de crise positive telle que cela pourrait avoir lieu sous l’impulsion d’un automouvement historique et des forces progressistes. Entre 1919 et 1922 les faisceaux de combat assumaient d’ailleurs parfaitement le rôle qui consistait à casser le mouvement ouvrier. Il en va de même pour l’après Commune de Paris, pour le Chili d’Allende, l’Allemagne nazie, etc.
Il est donc central et nécessaire de comprendre que Mussolini ou Hitler aussi avaient des amis, des contacts, des sympathisants juifs ou musulmans… Cela ne fait pas pour autant d’eux d’aimables républicains. Le fascisme sous ses formes diverses n’est pas qu’un racisme, c’est une instance immanente de réponse à une crise du Capital. C’est donc une continuité violente et ultra-sécuritaire du capitalisme libéral, malgré les confusions qu’il laisse naître.
Ainsi, le F.N n’est pas un parti patriote mais un parti nationaliste, pour qui l’ailleurs, l’étranger est l’ennemi. Là où les forces progressistes et patriotiques voient dans l’ailleurs un inter-national-isme possible qui n’est pas un inter-nationalisme mais une communion des nations et non le chauvinisme belliqueux.
De même, le F.N ne cesse, comme ses acolytes de droites de stigmatiser une part de la population et d’appuyer son propos sur la remise en cause d’un bouc-émissaire.
Le F.N sous des appels à la sécurité, à l’inefficacité d’un gouvernement en période de violences terroristes, ne fait que renouer avec l’idée qu’il faut construire une armée puissante et un contrôle de la population qui se fera avec l’accord du peuple. Or, c’est le double-jeu et le double-financement du Capital qui fait la guerre, active la crise et propose des solutions hasardeuses aux problèmes qu’il a lui-même crées, qu’il est nécessaire de dénoncer en apportant une réponse nationale et géopolitique adéquate.
Le F.N est pour une sauvegarde durable de l’emploi, outil du Capital qui se sert de la force prolétarienne en allant l’acheter sur un « marché du travail » alors que le mouvement ouvrier a produit une critique mais surtout des institutions à partir du CNR à même de nous émanciper de l’emploi.
Enfin, et la liste n’est pas exhaustive, le F.N ne cesse de faire le jeu de l’anti-syndicalisme en jouant la carte de l’anti-patronat mondialiste pour tenter le retour à un capitalisme « à papa » d’autrefois afin de conserver le mode de production capitaliste.
Mais, si nous sommes amenés à traverser une nouvelle période sombre et de tromperie organisée, il faut garder en tête que « les bavardages cessent devant le sérieux de l’Histoire » (Hegel).  Aussi, ce sont les forces que nous sommes prêts à établir aujourd’hui pour inverser ce processus, en adéquation avec le sens de l’Histoire qu’il nous faut construire. C’est-à-dire produire une critique qui fait sens et une théorie qui s’actionne dans la pratique pour contrer l’argumentaire fallacieux et intenable du fascisme de tous bords.

Loïc Chaigneau
, pour Initiative-Communiste / Etincelles.
Tous droits réservés.

mercredi 19 octobre 2016

Faucons rouges (Livre, Nov. 2016) - Première série de vidéos d'introduction au livre, à paraitre

Faucons rouges est disponible en version papier ici :
 Un seul lien =>
Pour les commandes hors internet (chèques, especes) envoyez un courriel à fauconsrouges2016@gmail.com

Pourquoi ce titre, Faucons rouges ?
                                                Que faire de l'idée de progrès ?
Tous prolétaires ? Comprendre les couches et classes moyennes
Qu'est-ce qu'une philosophie de combat ?
Propriété privée/lucrative/ d'usage... remettre les choses au clair.
Quelle actualité pour le marxisme ? Le dépasser / s'en passer ?

mercredi 23 septembre 2015

Jean Ferrat : Chanteur, communiste, patriote et écologiste. ( pour l'Affranchi)

Durant des siècles, les montagnes étaient perçues comme effrayantes et à juste titre, dangereuses. Il faut attendre Rousseau, puis Chateaubriand pour que ces paysages rocailleux, massifs et perçus comme monstrueux deviennent dans nos représentations des lieux de beauté et de calme : une nature comme recours et non comme retour.
Plus tard encore, en 1964, Jean Ferrat chante « la montagne ». Depuis, cette chanson a maintes fois été décrite comme « la première chanson écologiste ». Si nous pouvons considérer qu’elle l’a été, c’est au sens noble de l’écologie politique et probablement pas au nom de l’écologisme. L’auteur déclarait d’ailleurs lui-même : « L’écologie, pour moi, ce n’est pas seulement la nature, les petits oiseaux, les fleurs, les châtaignes, c’est la vie des hommes dans ces lieux-là » – la vie des hommes dans ces lieux-là, voici une chose dont l’époque aimerait se passer. L’auteur, lui, mettait l’Homme au centre, l’idéologie dominante y met la nature.
Pourtant, c’est tout l’inverse qui nous est présenté actuellement, comme à chaque fois en matière d’écologie. Ferrat aurait été un pourfendeur de la dite « société de consommation » et un prophète de la décadence à venir. Essayons d’y voir plus clair…

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Ce qui ressort de la montagne dont nous parle Jean Ferrat, il ne l’a peut-être pas entièrement pensé, mais il l’a dit, il l’a montré au travers de ses chansons – ce qui est le propre de l’artiste, du poète : avoir le génie de dire et de montrer, de dévoiler ou proposer un monde qui jusque là était ignoré.
Au fil de sa chanson, Ferrat ne chante pas tant la montagne et la nature que la campagne et les Hommes. En effet, de même que pour Rousseau, la montagne a pu être un recours pour s’extraire un moment de cette société  « où rien ne montrant la main des hommes, n’annonçât la servitude et la domination [1]», pour le chanteur, la montagne est décrite comme un recours vis-à-vis de cette société (et non de « la société ») post – Seconde guerre mondiale.
Cette société, c’est celle de l’essor industriel et des « trente glorieuses » dont les paysans, nous dit Ferrat :

« Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets »

C’est l’imaginaire qui les nourrit. Ils en « rêvent », ils veulent découvrir les « secrets » d’une vie a priori moins rude que ne l’est celle de la campagne. « Les filles », quant à elles, « veulent aller au bal » et Ferrat de surenchérir « il n’y a rien de plus normal ». L’auteur nous dépeint une société dans laquelle, en apparence, « tout est permis », mais où, à terme, « rien n’est possible » à moins de se soumettre et de faire ses heures à l’usine dans l’espoir d’acquérir un peu plus. La vie à la montagne devient alors un recours, une fois le mirage passé, mais certainement pas un idéal ou un retour à un état de nature dont l’homme « s’arracha à tout jamais ».

Ferrat, dont nul n’ignore l’engagement communiste, déplore ici les méfaits d’une société capitaliste où règne « la servitude et la domination » sous-couvert de libertés et de jouissance… Les premières ayant été confondues avec le libertarisme et la deuxième réservée à une classe minoritaire, profitant de l’extorsion de la plus-value des prolétaires.
Aussi, « s’ils quittent un à un le pays », ce n’est pas uniquement pour se « vautrer dans la consommation » mais dans l’espoir de trouver ailleurs des conditions de vie meilleures et simplement même « pour s’en aller gagner leur vie ».
 C’est le constat d’une telle situation qui fait ré-émerger la montagne et la nature comme un lieu de protection tant nous semblons nous en être extrait. C’est d’ailleurs ce qui expliquait déjà cet engouement romantique pour les montagnes en pleine révolution industrielle.
 Néanmoins, Ferrat chante davantage la campagne, c’est-à-dire l’environnement produit par l’Homme parmi cette nature, plus que la nature brute. C’est en cela, là-encore qu’il défend une écologie politique sans verser dans l’écologisme abjecte d’un Cousteau, antihumaniste.

« Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes »

L’auteur nous fait état du travail que demande la maîtrise d’une nature dans laquelle nous voulons vivre. S’il chante les doux plaisirs de la campagne par rapport à la vie de travailleur miséreux en ville, ce n’est pas pour autant qu’il oublie les sacrifices et le travail que cela demande. Il ajoute d’ailleurs :

« Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties ».

L’homme et sa condition, tant à la campagne qu’à la ville est au cœur de la chanson et non l’idéalisme d’une nature perdue qui était bienheureuse comme cela nous l’est souvent présenté.
——————-

En fait, Ferrat Chante l’Homme, il chante « les travailleurs » et cette France qu’il aime, tant par sa géographie qui explique en partie son Histoire que par son Esprit révolutionnaire. C’est ce qu’indique en tout cas La Montagne, mais plus encore Ma France, qu’il chante en 1969.
La France dont il se réclame, c’est celle de Robespierre[2], de la Commune de Paris[3], des travailleurs[4]. Il chante la géographie de la France au climat tempéré qui donne « ce goût du bonheur ».
Ferrat fût, à n’en pas douter, un chanteur de talent et engagé, ce qui n’est jamais simple de par les relations difficiles qu’entretiennent l’esthétique et le politique. Il fût aussi un communiste réel, un écologiste soucieux de l’environnement et de l’avenir de l’Homme, et un patriote intelligent et non haineux, qui sût inscrire ce patriotisme dans un internationalisme bien compris[5].


Loïc Chaigneau, pour l’Affranchi.
©2015 – tous droits réservés.
______________________
[1] Lettres à Malesherbes – troisième lettre, 26 Janvier 1762.
[2] « (…)Elle répond toujours du nom de Robespierre,
Ma France »
[3] « (…)Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France »
[4] « (…)Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’Histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs,
Ma France »
[5] Il faut d’ailleurs bien comprendre la dialectique de l’Etat-Nation qui, s’il a pu être oppresseur lorsqu’il sert des causes racialistes, peut être libérateur dans les circonstances actuelles.
   Je citerai pour illustrer cela Michel Clouscard : « L’État a été l’instance superstructurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd’hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l’État-nation a pu être le moyen d’oppression d’une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C’est un jeu dialectique. » – Puis Jean Jaurès, sur l’internationalisme bien compris, qui n’est en rien le mondialisme : « Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est le plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre française contre la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère. »

jeudi 25 juin 2015

Les Républicains (ump) : Pour l’alternance à défaut de toute alternative. Decryptage ! - (Pour l'Affranchi)


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« Si je suis battu le 6 mai, j’arrête la politique », Nicolas Sarkozy, le 08 mars 2012 sur RMC.
Nicolas Sarkozy, comme le reste de la classe politique actuelle, est habitué à ne pas tenir ses promesses et ne cesse de se contredire. Bien qu’ayant été battu le 6 mai 2012, l’ancien président de la république n’a alors de cesse de marquer son grand retour, à coup de tweet notamment. Elu président de l’ump, bientôt celui des républicains, à défaut de n’avoir jamais dirigé un mouvement d’union populaire il ne manque pas en revanche de s’accaparer la République. Mais trêve de considérations presque anecdotiques. L’UMP nouveau, ce n’est qu’un énième changement vers le même.
I – Les Républicains…

lesrepdecryptage
   Dans la vidéo de présentation du Parti des Républicains (https://www.youtube.com/watch?v=gXW8utsQsWY) dont le titre « Il est temps de passer des promesses aux actes » annonce une pièce déjà jouée et rejouée, Nicolas Sarkozy nous explique quels sont, d’après lui et son parti, les « principes de bases de la République ». Mais, en y regardant de plus près, ce que le président des dits « républicains » énonce comme étant les fondations de la République ne sont en fait que les fondations et croyances du capitalisme libéral, destructeurs de la République.
A savoir :
1 :45 « La république c’est le respect du travail, ce n’est pas l’assistanat »

D’entrée, il n’hésite pas à user des vieilles rengaines de son école politique, à savoir qu’il y aurait d’un côté ceux qui travaillent et s’en donnent les moyens et de l’autre, ceux qui s’y refusent et préfèrent vivre, voire survivre, en dépendant du travail de l’autre.
A première vue, cela pourrait presque se tenir car il est vrai que le refus du travail, surtout lorsqu’il est nécessaire que ce travail ait lieu, passe par le fait de le faire faire à un autre plutôt que de le faire soi-même. Mais, il nous faudrait d’abord savoir de quel travail il est question ici. Il s’agit, en fait, uniquement du travail dans le cadre de l’emploi, c’est-à-dire le travail dans sa pratique capitaliste avec une pratique de la valeur capitaliste, qui nie notre condition de producteur. Or, si la pratique de la valeur n’était pas cantonnée à ce qui peut être produit dans le cadre du « marché du travail », et que tout travail était reconnu comme producteur de valeur, car il n’y a que le travail humain qui produit de la valeur économique, nous constaterions que ces « assistés » lorsqu’ils participent à la vie sociale, dans des associations, des clubs, des partis ou bien lorsqu’ils créent du savoir, construisent des bâtiments à titre particulier ou associatif par exemple, produisent bel et bien de la valeur économique.
Mais alors, se pose la question de savoir qui n’en produit pas et surtout qui « consomme plus qu’il ne produit » ? A cette question nous trouvons nécessairement des réponses en jetant un ?il au CAC 40. De même, nous savons que chaque année l’évasion fiscale en France s’élève à environ 80 milliards d’euros… Qui sont les assistés et qui ruinent la France alors ? Les allocataires du RSA dont la qualité réelle de producteur de valeur est niée ou bien les représentant du Capital qui ne vivent que de la propriété lucrative, sans jamais travailler, y compris dans le cadre de l’emploi, ou qui, en tout cas, consomment plus qu’ils ne produisent.
Tout cela n’est que le fruit de croyances dont il est nécessaire de s’émanciper.
1 :49 «  La République, c’est la liberté, ce n’est pas l’addition des normes, des règles, des statuts. »
Comprendre que la République, c’est en fait le capitalisme libéral dont les principes économiques fondamentaux, je le rappelle, sont la libre circulation des personnes, des biens et des marchandises.
Ce qui est sous-entendu ici, c’est qu’ il « s’agit de défaire méthodiquement le C.N.R», bref de détruire les acquis des « jours heureux », comme le préconisait Denis Kessler, ancien vice-président du Medef. Là-encore, c’est une rengaine classique des libéraux… Moins de normes, de « charges » etc. Ce qui est attaqué ici, sous l’appellation notamment de « charges sociales », ce sont en fait les cotisations salariales, qui servent à construire les services publics tels que l’hôpital et l’école et à offrir un salaire au personnel hospitalier. Donc, qui dit moins de charges, de normes, etc. dit aussi moins de services publics, plus de privatisations, moins d’hôpitaux, d’écoles, de médecins, privatisation de la Poste etc.
1 :55 «  La République, c’est l’autorité, ce n’est pas le laxisme de Mme Taubira. »
A ce stade, intervient la seule distinction qui pourrait être crédible entre la droite au sens ancien, la droite réactionnaire ou bien même conservatrice, et la gauche libérale, à savoir le rapport à l’ordre et à l’autorité. Pour résumer, parce qu’il n’est pas question pour moi de m’étendre sur ces débats sociétaux sans fonds et qu’en y regardant de plus près, l’alternance tant vantée n’est qu’apparence… Nous pourrions dire que Nicolas Sarkozy et son parti sont prêts à s’attaquer « aux faiseurs de troubles plutôt qu’aux fauteurs de troubles » pour reprendre une expression du sociologue et urbaniste Jean-Pierre Garnier. Préférer s’attaquer au symptômes plutôt qu’aux causes en alimentant la guerre civile qui vient…
1 :59 «  La république, c’est la laïcité, ce n’est pas l’acceptation du prosélytisme et du djihadisme. »
   Enfin, Nicolas Sarkozy conclut sur un sujet qui donne des frissons à des millions de Français depuis déjà plus d’une décennie et plus encore depuis l’attentat du Charlie Hebdo.
Essayons de recentrer le sujet sur le réel, à partir de ce qui vient d’être écrit plus haut. Le capitalisme, n’est constitué que de croyances : sur la propriété comme production de valeur, sur le travail reconnu uniquement dans le cadre de l’emploi soumis au « marché du travail », sur le crédit etc. Il y a là un défaut réel de laïcité et Nicolas Sarkozy n’a eut, ici, de cesse de faire du prosélytisme[1]
Mais pour se situer sur le terrain dont il semble être question pour l’ancien président de la République, il serait intéressant qu’il définisse ce qu’est le « djihadisme », ce néologisme sans contenu véritable.
Plus encore, Nicolas Sarkozy et ses compères font-ils preuve de laïcité lorsqu’ils s’agenouillent devant le Capital, les banques, Bruxelles ou bien le Crif ?
Nous constatons donc que la « République » que nous propose M.Sarkozy et ses pairs et camarades, est en fait l’antithèse de ce qui fonde réellement la République et ce pourquoi d’ailleurs celle-ci tend de plus en plus à être décriée, aussi bien par la réaction qui la surnomme « la gueuse » que par la gauche du capital soucieuse malgré tout de maintenir le fétichisme de la marchandise. Le modèle qui nous est proposé ici, c’est le modèle prétendument Républicain, à l’américaine. Le jogger invétéré, équipé de t-shirt NYC et de Ray ban qu’est Nicolas Sarkozy, dont le fils étudie d’ailleurs dans une école militaire états-unienne n’a que faire des principes républicains. En réalité, il n’est une fois de plus que la marionnette d’un bouleversement politique et économique qui prend forme petit à petit dans l’alliance transatlantique. Bientôt, ces mascarades que sont les élections en gouvernement faussement représentatif, pourront être ramené à une seule et même élection, toujours manipulée, mais dont le siège central se trouvera à Washington…
Il est de bon ton, il me semble, alors, de rappeler que la République est d’abord sociale. Elle est le fruit d’institutions, et du partage dans la communauté, elle est « la chose publique », qui préexiste bien avant les définitions qu’un Peillon ou un Sarkozy peuvent en donner[2]. La République, c’est une société avec Etat, mais un Etat construit et au service du peuple qu’il ne faut pas confondre avec les appareils d’Etat, qui nous privent de notre liberté et nous oppressent, là où l’Etat agrandit mon domaine de liberté et mes libertés politiques. Aujourd’hui, l’Etat réel est un manque en France, car c’est un système économique sauvage qui règne et une mafia politique qui dirige, car là où il n’y a plus d’Etat c’est la mafia (pas celle de quartier..), l’armée, les clergés ou le chaos qui dirigent.
Pour synthétiser, comme l’a montré Regis Debray, la République prend forme dans des lieux clés et représentatifs que sont : l’école, la mairie, l’Assemblée. La république est transmission et « dans l’enfant, cherche l’homme et ne s’adresse en lui qu’à ce qui doit grandir, au risque de le brimer. [3]» L’inverse en fait, de ce que nous proposent Sarkozy et son parti.


 II – L’alternance à défaut de toute alternative.
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Plus tard, le 15 Mai dernier, une seconde vidéo, promouvant le nouveau parti et l’alternance a été mise en ligne sur Youtube et lé réseaux sociaux : https://www.youtube.com/watch?v=aEvkW_3yflQ. – je vous laisse remarquer les similitudes dans le montage, la réalisation, la musique, le discours, les tons avec la campagne de 2012 du P.S qui clamait « le changement, c’est maintenant ». Je me concentre ici sur le discours de fond, il y aurait trop à écrire sinon.
Cette fois, Nicolas Sarkozy n’est plus seul à prendre la parole, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, défilent tour à tour pour nous faire une proposition des plus originale : l’alternance. Le Parti Maastrichtien Unique n’a de cesse de poursuivre la même politique, avec les mêmes slogans, tout en voulant nous faire croire qu’un renouveau est en marche.
En 2007, « ensemble, tout était possible », en 2012 « Le changement, c’était pour maintenant », en 2015 « l’alternance est en marche ». En somme, nous avons là une véritable courroie de distribution d’un flot continuel d’une politique identique qui revendique le changement. J’expliquais d’ailleurs à l’époque où le hollandisme faisait fureur, que le changement n’était par définition que le renouvellement du même[4]. Il en va de même pour l’alternance. L’alternance n’est que le maintien perpétuel du même, par essence. L’alternance c’est la proposition de la continuité plutôt que l’alternative, qui se place en rupture avec ce qui a été, pour justement proposer ou placer autre chose dans un mécanisme qui a vocation à disparaître.
Dès lors, il n’est plus étonnant de constater que les discours tenus dans cette vidéo, malgré les milliers d’heures de cours en communication, demeurent identiques à ceux passés.
0 :19 « L ‘alternance est en marche et rien ne l’arrêtera. » Nicolas Sarkozy

Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy ne manque pas d’assurance et suis la trajectoire qui lui est indiqué par le Capital pour que la pièce de théâtre perdure.
Nous nous souvenons de ce discours du 16 Janvier 2009 où il prononçait ses v?ux aux corps diplomatiques étrangers sur un ton tout aussi serein en déclarant : «  Nous irons ensemble vers ce nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne, ne pourra nous en empêcher. » Ce Nouvel Ordre Mondial, qui bien loin d’être un projet ésotérique et mystique qui serait organisé par certains « Illuminés », existe bel et bien, et s’incarne par la prise du pouvoir du Capital, et la mise en place d’une union transatlantique, sans prendre en considération l’avis de la population, maintenue à l’écart.
Plus encore, son ton en est presque menaçant, comme si une fois de plus, rien ni personne ne pouvait ou n’avait intérêt à se dresser devant cette alternance, afin de poursuivre la politique unique qui se met en place actuellement.

0 :51 «  Les départements ont été gagnés par des candidats qui croyaient dans les valeurs de l’alternance » Gerald Darmanin
Soit cela ne veut rien dire, soit au contraire cela veut tout dire au regard de ce que j’expliquais plus haut à propos de l’alternance. J’en reste là, pour ce discours vide.
1 :05 «  L’opposition peut incarner un nouvel espoir (…) en corrigeant les dérives de l’assistanat, en commençant à travailler sur une baisse de la dépense publique. » Laurent Wauquiez.
Je ne vais pas vous faire le plaisir de revenir sur « l’assistanat », l’essentiel a été dit. Ce qu’il est intéressant de remarquer en revanche c’est l’utilisation de la rhétorique visant à nous faire accepter tout simplement une politique d’austérité et de paupérisation… Cela se traduit notamment par la destruction de la cotisation sociale et des acquis du C.N.R nous l’avons vu. Mais aussi pour rembourser une dette, prétendument publique, mais en fait privée[5] et fruit d’une soumission affligeante de la part des gouvernements successifs qui n’ont eu de cesse de liquider les pouvoirs régaliens de l’Etat. La réalité est d’ailleurs bien différente, elle est que la France, aujourd’hui encore est un pays riche, l’un de ceux qui se porte le mieux. Mais l’idéologie dominante a besoin de créer un système de représentations dans lequel nous devons nous penser en faillite, dans le but d’accepter les mesures d’austérité et de vendre petit à petit notre patrimoine[6]
2 :00 «  L’apprentissage, les lycéens professionnels, la formation, l’activité économique, ce sont les régions qui ont ces compétences désormais. » Gerald Darmanin, tout-sourire.
Une fois de plus, il est ici question de montrer l’intérêt qu’il y a à renforcer le pouvoir économique et politique des régions. En effet, la politique mondialiste vise à renforcer le pouvoir des régions partout en Europe tout en affaiblissant l’Etat-Nation le projet réel étant la dislocation par elle-même de l’Union Européenne, qui n’était qu’un rouage d’un mécanisme plus important, remplacé par l’alliance transatlantique, contre les Etats. L’UE est morte, vive l’UE en somme, au travers du Tafta et des Euro-régions.
2 :42 «  Maintenant, nous devons continuer, préparer le projet, fonder une formation politique… » Nicolas Sarkozy
Puis, vient le clou du spectacle ! Nicolas Sarkozy nous annonçant clairement qu’il n’y a aucun projet. Pas d’autre projet que celui de « continuer » et de mettre en marche l’alternance.
Avant de conclure à 3 :43 : «  Nous avons besoin de vous, parce que la France a besoin de chacun de ses citoyens… » Je vous invite à consulter les images. Lorsqu’il dit « vous », M.Sarkozy s’adresse bien à nous qui regardons cette vidéo, mais par la suite sa gestuelle indique que par « la France » c’est de lui dont il parle. En fait, Nicolas Sarkozy a besoin de vous, besoin qu’une fois encore une majorité lui fasse confiance aveuglément, après plusieurs minutes de discours flou par-dessus une musique entraînante.

    Nous pouvons donc amèrement constater qu’une fois encore, s’il y a quelques changements de forme, de nom, et de slogans, le discours de fond demeure inchangé. Aucune alternative ne semble possible, aucun basculement, la trajectoire semble toute tracée et gare à ceux dont on dit qu’ils « dérapent » dès lors qu’ils n’osent plus se prosterner devant l’idéologie dominante qui impose ses codes et représentations qui, bien ancrée nous empêche de construire tout appareil critique face à la langue de bois et nous condamne à accepter l’alternance du même.
Rappelons-nous, avec Gramsci, que la « phase hégémonique du capitalisme » correspond précisément à ce moment où chacun, sans s’en rendre compte, notamment lorsqu’il croit lutter contre, adhère finalement au discours sur le réel proposé par la classe capitaliste, ces fameux 1%.
Néanmoins, des solutions et alternatives existent. L’auto-mouvement de la conscience prolétarienne[7][8] combinée au dépérissement de l’appareil capitaliste, peut nous conduire à une modification concrète de l’organisation sociale et de la société.
« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » Hölderlin
« Sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire. » Lénine
Loïc Chaigneau, pour l’Affranchi.
©2015 – tous droits réservés.
_________________________
[1]
            [1]             Voir : Religion capitaliste et laïcité : https://www.youtube.com/watch?v=3vW8EoVUaEo
[2]
            [2] Ni Platon, ni les Romains, pour ne citer qu’eux, n’ont attendu les considérations de MM. Peillon et Sarkozy, entre autres.
[3]
            [3] http://laicite-aujourdhui.fr/?Etes-vous-democrate-ou-republicain
[4]
       [4] http://loicchaigneau.blogspot.fr/2013/04/le-changement.html
[5]
       [5] Cf : https://www.youtube.com/watch?v=76BvsYRNjf4
[6]
       [6] https://www.youtube.com/watch?v=Wnjo_vwylJs
[7] « les prolétaires », c’est à dire les 99%. Nier ce terme qui semble « depasser » mais qui décrit une réalité concrète serait succomber au piège décrit plus haut.
[8]
       [8] CF. Georg Lukacs – Histoire et conscience de classe.