vendredi 19 juillet 2013

Coup de gueule contre les vedettes de la chansonnette.

Critique, Chansons, Sociologie -







  Cet article n’est pas l’occasion d’une analyse très poussée, mais simplement un bref coup de gueule contre les pseudo-troubadours prétendument révolutionnaires qui peuplent nos ondes à longueur de temps. Ils sont nombreux : Cali, Raphaël, Saez, Benabar... Chaque catégorie sociale a son mauvais troubadour qui, lorsqu’elle l’écoute, sonne pour elle comme une voix dissidente.
  Il y a le petit bourgeois branché/rangé à la Benabar, le style de Dany Briand avec une voix de vieux drogué. Soit dit en passant, la voix de vieux drogué, je devrais en fait dire la « non-voix » est commune à la plupart de ces nouveaux chanteurs – tout comme les gauchistes de 68 pensaient être révolutionnaires parce que comme le Ché ils portaient les cheveux longs, les chanteurs Rebellocrâtes du XXIème siècle n’ont de prétendument révolutionnaire et d’artistique que la voix d’écorché vif qu'ils se donnent. Il y a aussi l’exemple de Cali, le petit gauchiste enflammé et indigné, mais pas trop quand même, qui vote gauche libérale et dont la seule fibre socialiste est sa coupe de cheveux, au même titre d'ailleurs que leur penseur commun à tous, Bernard-Henri Levy. Il y a aussi le chanteur farouche aux apparences de SDF comme Saez, le chanteur de charme heureux d’avoir appris un accord et deux syllabes comme Maé, et j'en passe...
  Tous ont en commun de se croire à tort chanteur, pire parfois, poète, et pire encore révolté. Il serait temps de leur dire à ces grands enfants qu’ils ne sont rien de tout cela et qu’il faut ranger au placard toutes ces idées maintenant, comme on finit par ranger sa cape de Superman et son épée de Zorro passé un certain âge. Il faut qu'ils se fassent une raison, jamais ils ne seront Baudelaire ou Rimbaud, même pas Brassens ou Ferré, mais simplement de tristes épaves cooptés par des maisons de disques qui savent que le marché de la fausse subversion est excellent.
  Je pense qu’il serait intéressant de s’arrêter un instant sur les actes et les chansons de quelques-uns d’entre eux, sans trop tergiverser. Ces petites vedettes mondaines veulent tirer l’alarme sur cette société de consommation qui les répugne. Malheureusement, ces petites vedettes ont un niveau de conceptualisation très, très limité qui ne leur permet pas de saisir le sens des choses et des mots qu’ils emploient… C’est ainsi que sans le moindre brin de réflexion (et alors que, quelques minutes auparavant, Benjamin Biolay (autre humaniste-écorché vif au portefeuille bien rempli) chantait aux côté d’une douce franco-israélienne) le 14 juillet dernier, le petit Saez s’est enflammé sur la scène des Francofolies de La Rochelle en décriant la société de consommation. Or, la société de consommation n’existe pas, il n’y a que certaines classes (la sienne d’ailleurs) qui consomment et d’autres qui ne peuvent pas ou qui doivent produire plus longtemps qu’elles ne consomment… La véritable société de consommation est en fait le socialisme rêvé, dommage que ces révolutionnaires ne l’aient toujours pas compris. Mais il faudrait pour ça comprendre aussi qu’il y a des biens de consommations et des biens d’équipement, mais tout cela dépasse de loin le bagage conceptuel d’une petite vedette adepte de slogans dont les neurones ont été sérieusement atteints par l’alcool et la drogue.
Plus étrange encore est le fait de décrier par la suite un ministère qui pourrait être très largement critiqué, mais pas lorsque l’on vit grâce à ses subventions, notamment lors des Francofolies… Les petits chanteurs devraient se contenter de faire de la petite chanson sans parler de ce qu’ils ne maîtrisent nullement. Si seulement ils avaient au moins le génie de la langue ou une forte inclination pour la musique ! … Mais ce n’est pas le cas. Cassons ces idoles !
  Dans le même registre, un Raphaël nous interprétait sa plus belle chanson, Le patriote, il y a trois ans, avouant d’emblée sa lâcheté, sur un ton probablement ironique, mais dommage que ce soit la seule vérité de cette chanson. Ce que révèle davantage encore cette chanson et ce comportement c’est un mépris très caractéristique envers le petit peuple français, tant de la part de ces gauchistes qui poussent la chansonnette que des autres. Tout comme le consommateur de biens d’équipements est méprisé en oubliant qu’il est aussi producteur et pas pique-assiette comme une vedette, pour Raphaël, « les français sont désolants » alors que lui est sans doute ce qu’il y a de plus brillant. Mais l’alibi humaniste du petit gauchiste reste toujours le même « Il faut chanter la marseillaise, Et avé’ la main sur le coeur, Moi je la siffle avec les beurs ». Outre la dynamique extraordinairement poétique de cette phrase, on notera que Raphaël peut cracher autant qu’il veut sur la gueule des français (qui pour lui ne sont donc pas « les beurs » apparemment, où est le racisme ?) tant qu’il soutient l’immigré et crache sur les emblèmes nationaux. Petit rappel historique, même si c’est toute une culture qu’il faudrait refaire, la Marseillaise est un chant bien plus révolutionnaire que ne le seront jamais toutes ces petits chansons démago. Ses paroles ont d’ailleurs longtemps été empruntées par les communistes avant d’être remplacées par l’Internationale. Celle-ci propose d’ailleurs l’union de l’ensemble des français, immigrés ou non.
  Benabar lui, adopte un autre genre, le style chic, qui dénonce mais pas trop. Il use en fait d’un procédé de pseudo-dénonciation qui montre à quel point il est en fait intégré à ce système. Benabar offre une définition de lui-même dans sa chanson l’agneau lorsqu’il dit « il aime quand c’est simple, facile et carré, les vérités sur cintres, le prêt à penser, c’est la cible idéale des démagogues de tous bords. » Je crois qu’après cela il n’y aurait pas grand-chose à ajouter et pourtant, son mépris se fait à nouveau sentir lorsqu’il évoque l’agneau (comprendre : une bonne majorité des Français) comme quelqu’un qui n’est « pas bête, mais paresseux seulement ». Il est sûr que lorsqu’on passe ses journées à réciter des textes cons, on ignore ce qu’est le labeur et le travail aliénant d’une partie des Français qui sont usés de fatigue. Plus loin dans sa chanson, on pourrait croire qu’il s’en prend aux faux-révolutionnaires, comme lui, mais en fait non ! Il rentre bien vite dans les cordes et se reprend ainsi : « Il ne croit pas aux rumeurs ni aux théories du complot, mais faut avouer que c'est troublant quand on regarde bien les photos, cette forme sombre et floue agrandie quatre cent fois,
ça ne peut être que la preuve de ce que nous cache la CIA ». Le sage Benabar a parlé, lui sait la vérité, alors, à toutes les familles américaines qui réclament une contre-enquête, Benabar vous propose joyeusement d’aller vous faire foutre.
  Il serait possible de s’attarder longtemps encore sur bon nombre d’actes contradictoires de ces mauvais troubadours qui n’auront jamais le talent de leurs aïeuls et qui pourtant sont promus encore et encore pendant que les gens de talents, eux, n’ont guère le droit de s’exprimer, mais passer déjà tout ce temps en compagnie de leurs textes me fatigue, je préfère donc m’arrêter là.
  Jamais ces vedettes n’arriveront à s’élever au niveau de conscience politique d’un Brassens,d’un Ferré ou d’un Ferrat avec qui plus est un talent artistique à des années lumières de celui de ces nouveaux chanteurs qui, comme les nouveaux philosophes qui n’ont rien de philosophes, n’ont rien de chanteur et encore moins de poète. Pourtant, sans remonter si loin, il est possible de trouver même chez Renaud de vrais textes engagés et intelligents. Renaud a malheureusement fini écorché par l’alcool, mais ce n’est pas un jeu pour lui, contrairement aux bébés-révolutionnaires qui poussent la chansonnette.

Loïc Chaigneau

L'art de manier les mots, la poésie, la philosophie et la politique :

Un virtuose de la chanson française :


 Ça fait autrement plus vibrer que n'importe quelle chanson d'un pseudo voyou...

Faire d'un petit quelque chose une grande chanson (chant + son) :



Tous les clips Georges Brassens

Lier conscience politique et chanson, c'est possible... :


Il n'y a quasiment rien à jeter dans cette chanson :-) Au moins si on est pas d'accord le discours est très cohérent!

Entretien (A ecouter :-)  ):



_________________________________________ Licence Creative Commons
Coup de gueule contre les vedettes de la chansonnette. de Coup de gueule contre les vedettes de la chansonnette. de Loïc Chaigneau est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 France.
Fondé(e) sur une œuvre à http://loicchaigneau.blogspot.fr/2013/07/coup-de-gueule-contre-les-vedettes-de.html.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://loicchaigneau.blogspot.fr/2013/07/coup-de-gueule-contre-les-vedettes-de.html. ------------------------------------
Pourquoi Faire Un Don ?


mardi 16 juillet 2013

Michel Clouscard : Le Capitalisme De La Seduction.

Philosophie, Sociologie -

Article de Jef Carnac.



« Le capitalisme de la séduction » est un texte de Michel Clouscard, rédigé au début des années 80, peu après l’élection de François Mitterrand. C’est un décodage du mode de vie construit par la société de consommation, vue sous l’angle d’une stratégie de classes. Ce travail est aussi, pour Clouscard, l’occasion de reprendre le travail de Baudrillard (nombreuses références implicites), pour l’inscrire dans une lecture marxiste, en termes de lutte des classes et de rendement dégressif du capital.
Pour comprendre ce mode de vie, nous dit Clouscard, il faut prêter attention aux objets anodins qui peuplent nos vies. Comprendre, surtout, qu’ils ne sont pas là par hasard. Qu’il y a une logique derrière cette avalanche de produits de consommation. Une avalanche qui dévale vers nos cerveaux, et qui, littéralement, les occupe.
Le concept central de ce livre central, c’est le mondain. Clouscard entend par là un système d’usages libidinaux, ludiques et marginaux, qui est parvenu à opérer une synthèse parfaite afin de rendre possible le potlatch (consommation/destruction de richesses superflues à des fins de hiérarchisation visible de la structure sociale). Un potlatch dont la fonction secrète est de consommer les surplus de la plus-value. Et un mondain, explique Clouscard, qui est parvenu à englober le clerc, jadis contempteur du monde. A l’englober, jusqu’à faire de lui son meilleur propagandiste, et son pionnier. Le mondain du capitalisme de la séduction est donc, si l’on ose dire, l’instant d’un triomphe.
Ce mondain est un apprentissage. Cet apprentissage commence dès l’enfance/l’adolescence, par le rapport fonctionnel/libidinal entre l’enfant/l’adolescent et la machine ludique (flipper, juke-box, dit Clouscard en 1981 – aujourd’hui, on parlerait de la playstation). En arrière-plan, il y a la captation de l’univers enfantin par le marché : l’enfant, qui sait consommer, mais ne sait pas produire, est le consommateur parfait, totalement soumis au « principe de plaisir ». Un principe de plaisir auquel Clouscard oppose le procès de production – la conscience que pour consommer, il faut produire. L’enfant éduqué par le capitalisme contemporain est dressé à ignorer la praxis, parce qu’il est enfermé dans le principe de plaisir, sans jamais pouvoir toucher du doigt le procès de production.
Ce dressage rend possible une formidable innovation en termes d’ingénierie sociale : le snobisme de masse. La société traditionnelle offrait aux pauvres les avantages spirituels de la non-possession. La société post plan Marshall, américanisée, leur offre le faux avantage matériel d’une consommation ludique bas-de-gamme. Symbole de cette réintégration des catégories dominées dans l’ordre capitaliste ludique : le jeans, à l’origine tenue de travailleur, devenu « corsetage du bas », qui moule les fesses et fabrique une silhouette « à la mode » (Clouscard écrit dans les années 80, il faut le rappeler ici). La mode, l’imbécilité de la mode, est devenue accessible aux classes dominées. La « femme libérée » des 70’s, pour Clouscard, n’est que la reproduction, en bas de la structure sociale, du modèle de la bourgeoise parasitaire, jusque là réservé aux classes supérieures.
En même temps qu’il contamine les classes dominées par la mode, jusqu’à les soumettre au snobisme de masse, le mondain offre la possibilité aux classes dominantes de mimer les attitudes révolutionnaires, de les confisquer à leur usage propre. On a les cheveux longs comme le Che, donc on est un révolutionnaire – même si, objectivement, on est du côté des exploiteurs.
Au final, le capitalisme de la séduction, par le triomphe du mondain, fabrique un monde de mannequins. Un monde où les corps sont animés, comme des machines, par la puissance du système. Le mannequin de mode, pour Clouscard, est un être humain qu’on a transformé en automate, pour affirmer la victoire définitive du machinal sur le vivant. Ainsi, par le mondain, le capitalisme de la séduction finit par éliminer l’humain de l’homme, par investir totalement le corps humain, par en faire un artefact de la machine capitaliste toute puissante.
Cette stratégie vise entre autres choses à dissimuler la décadence de plus en plus évidente des classes supérieures elles-mêmes. Le mauvais bourgeois du temps jadis devient le bon bourgeois, dans une nouvelle définition de la bourgeoisie : non plus la classe qui maîtrise l’outil de production, mais celle qui, sans le maîtriser, sait en capter les fruits à des fins de consommation ludique et libidinale. Le technocrate du capitalisme monopoliste d’Etat a besoin d’avoir des fils tarés, au regard des anciennes normes de la bourgeoisie victorienne, parce que ces fils-là seront parfaitement adaptés à leur rôle de consommateur crétinisés. La culture des dynasties bourgeoises de l’industrie triomphante avait mission de fabriquer des cohortes d’ingénieurs compétents, de gestionnaires audacieux et prudents. La culture du capitalisme de la séduction devra fabriquer à la chaîne des employés du tertiaire vicelards, manipulateurs et parasites. Exemple paroxystique donné par Clouscard : la « bande à Jean Daniel » qui fabrique, en haut de la structure symbolique du terrorisme intellectuel, la vraie nouvelle droite (BHL) et la fausse nouvelle gauche (Touraine). Pour Clouscard, Cohn-Bendit est un névrosé dont le narcissisme personnel fait carrière, parce qu’il fait écho au narcissisme de classe des surplus humains d’une bourgeoisie qui doit muter, et va le faire à travers ses surplus. Du yéyé au disco, de la consommation ludique bas-de-gamme offerte aux classes inférieures à la culture des nouvelles marginalités inventée par les cadets surnuméraires de la bourgeoisie, sous la plume de Clouscard, toute l’histoire des années 1960-1980 prend soudain une cohérence parfaite, sous-tendue, tout simplement, par la multiplication des surplus matériels de l’outil de production, et humains de la bourgeoisie. Enorme entreprise de récupération : de Marx pour fabriquer le gauchisme, de Kant pour faire passer Hegel à la trappe, et même du rock pour faire oublier le swing. Le mondain est, pour Cloucard, la machine à faire un monde de machines.

*

Ce monde de machines est un monde rêvé. Le corps machinal secrété par le mondain, dans le capitalisme de la séduction, est à un corps à rêver. Le sensualisme psychédélique n’a rien à voir avec une recherche artistique autonome : c’est tout simplement la construction d’une esthétique adaptée au triomphe du mondain – le corps parfait du machinal. Derrière la fausse rébellion : le nouveau conformisme. Des conduites systématiquement contestataires finissent forcément par secréter un nouveau système de la non-contestation. A nouveau, l’esprit est enfermé dans le sensible : mais il ne l’est plus par l’enchaînement du prolétaire à la machine et du bourgeois à sa morale surannée. Il l’est par l’attachement au principe de plaisir, à l’exigence de transgression. Il est interdit d’interdire. Il est même interdit de ne pas faire ce qui est interdit. Au besoin, on fera l’ordre à travers la contestation de l’ordre. Est réputé rebelle à l’ordre capitaliste celui qui, en réalité, devient la clef de voûte de cet ordre : le jouisseur qui, en confisquant la plus-value à des fins de consommation immédiate, permet de détruire du capital, et donc de contrebalancer la loi des rendements dégressifs. Peu importe qu’on fabrique ainsi des dépressifs chroniques, accros au hash, oscillant entre exaltation et prostration, sur fond de procrastination irrémédiable : l’important, c’est que la machine tourne. Peu importe que la pilule soit devenue l’argument d’un droit au plaisir qui, en réalité, a enfermé les femmes dans une nouvelle aliénation, la femme-sexe, dès qu’elles sont sorties de l’ancienne aliénation, la femme-ventre. L’important, c’est que la machine tourne. Peu importe que la famille soit déstructurée, que la psyché soit réduite au sexe, et le sexe à une activité de performance quasi-machinale : l’important, c’est que la machine tourne. Et elle tourne toujours en fonction des avantages des mêmes groupes : les classes supérieures. Quinze ans avant « extension du domaine de la lutte », lourd roman sociologique de Houellebecq, Clouscard dit, déjà, que la libération sexuelle est d’abord la libéralisation sexuelle. Le féminisme est une coquetterie, la féministe une bourgeoise qui profite de son pouvoir de séduction. Et le pouvoir mâle laisse faire pour une raison symétrique : si les femmes sont libres, alors les hommes puissants sont libres de les chasser. Derrière le triomphe du mondain, le monde comme terrain de chasse.
Au final, ce monde machinal est peuplé d’esclaves s’esclavagisant eux-mêmes. Entre le fils faussement rebelle et le père faussement conservateur, il y a un contrat implicite, intériorisé par les sujets du capitalisme de la séduction : soumets-toi, et tu pourras jouir. Totale déculpabilisation de la consommation mondaine : elle n’est plus un à côté honteux du statut bourgeois, elle en est l’essence. On n’est plus fier de ce que l’on fait, mais de ce que l’on détruit (par la consommation). Le gaspillage est devenu une vertu capitaliste. Le système fabrique des objets en trop, et les crétins qui vont avec. Les crétins consomment les objets en trop, les objets en trop permettent de faire tenir les crétins tranquilles. Le capitalisme de la séduction a, temporairement, surmonté la dérive de l’accumulation.
Pour faire fonctionner ce système objectivement absurde, il faut encore lui donner un habillage idéologique ad hoc. Pour que la supercherie ne se voit pas trop. C’est le nominalisme moderne : l’animation machinale produit le règne des signifiants, mais le discours réduit au signifiant va créer l’illusion qu’ils engendrent, à travers le machinal, un monde de signifiés. Pour Clouscard, le travail des « vedettes de l’idéologie » (Lacan, Foucault, Barthes, Althusser) consiste à construire ce monde de signifiés irréels, à donner l’illusion que l’animation du machinal renvoie à la réalité du vivant, afin que la nature fonctionnelle du procès d’ensemble ne soit plus perceptible. Derrière ce néo-nominalisme : l’invasion du culturel par le mondain. La culture, désormais, c’est ce qui donne un sens à ce qui n’en a plus aucun, à savoir le monde machinal, le monde réduit au mondain. D’où l’urgence, par exemple, d’analyser la mode en tant que telle, sans se demander à quoi elle sert au regard des réalités socioéconomiques. D’où l’urgence, encore, de construire une psychologie qui ignore les dynamiques collectives, et refuse de voir dans la mode un panthéon des archétypes, une religion du mondain. Si vous êtes psychotiques, c’est parce que vous n’allez pas bien. Pas question de dire que votre psychose est un produit du machinal. Pas question de poser la question de votre enfermement dans le mondain.
Les noces du capitalisme et du narcissisme, que l’on célèbre en grande pompe à travers ce triomphe du mondain, sont pour Michel Clouscard la fin des valeurs occidentales. C’est, littéralement, la fin de l’Amour, de la Psyché, de la Femme. A la place : une esthétique prostitutionnelle. Chaque être est son propre proxénète, il doit se vendre. Tout s’écroule dans cette apocalypse. L’argent est devenu la substance des relations intersubjectives. Il a pénétré les âmes et les corps, jusqu’à l’os. La mode conditionne les esprits et les corps, et par son intermédiaire, tout est marchandise – l’esprit comme le corps.


Source :http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=369:le-capitalisme-de-la-seduction-m-clouscard&catid=55:sociologie&Itemid=55


_______________________________________

Tout don même symbolique est le bienvenu.:-)
Pourquoi Faire Un Don ? _____________________________________________________

Où trouver les livres de Michel Clouscard : http://editionsdelga.fr/365-le-capitalisme-de-la-seduction.html

lundi 1 juillet 2013

Le Nouveau Fascisme ou l'art de la politique du renard.

Nouveau Fascisme -


  Aujourd'hui, je vous propose un extrait d'une leçon issu du site Sergecar. Cet extrait se répand de plus en plus sur les réseaux sociaux et blogs en indiquant que cet extrait proviendrait du livre Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, hors ceci est faux et il suffit de lire l'extrait pour s'en douter... Malheureusement les sources sont si peu souvent vérifiées sur internet que les erreurs se répandent en masse. C'est pourquoi je choisi de publier cet extrait avec sa source originale ! 
Mais ce n'est évidemment pas l'unique raison pour laquelle je souhaite diffuser ce texte. Si je le publie c'est parce que l'idée directrice de ce texte, en ne tenant compte que de lui, colle parfaitement avec la thèse que je développerai dans Le Nouveau Fascisme à paraître.

" Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.

Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir."


Consulter le site de mon livre : http://lenouveaufascisme.blogspot.fr/
___________________________
Pourquoi Faire Un Don ?